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La mort programmée du loup dans les Alpes
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Le ministre de l’Ecologie a tranché, des loups pourront être abattus dans les Alpes. La décision, annoncée le 19 juillet 2004, porte sur un maximum de quatre animaux, trois seulement si les premières victimes sont des femelles.


Attaques répétées

Pour justifier cette mesure, Serge Lepeltier, a expliqué que les préfets des Alpes-de-Haute-Provence, des Hautes-Alpes et des Alpes-Maritimes ne pourront organiser un tir qu’"en cas d'attaques répétées sur un secteur donné, et si une large majorité d'éleveurs a mis en oeuvre des mesures de protection".

Geste envers les bergers

Pour lui, il s’agit avant tout de faire un geste en direction des bergers, puisqu’il « ne s'agit pas de réguler la population de loups, mais d'alléger la pression sur certains secteurs ». Selon les chiffres du ministère, « depuis 10 ans, sur 3.000 attaques, un tiers d'entre elles, soit 1.000 attaques, se sont concentrées sur six communes seulement". Autrement dit, les bergers pourront se venger en tuant le loup, comme au Moyen-Age.

« Décision illégale »

Cette décision a été vivement critiquée par diverses associations de protection animale, dont l’Aspas (Association pour la protection des animaux sauvages ». Pour elle : "cette décision est totalement illégale. Elle contrevient à trois textes réglementaires qui disposent chacun de la protection stricte de l'espèce Canis Lupus (Loup)." En effet, la convention de Berne et la directive européenne Habitat prévoient, notamment, une stricte protection du loup.

Députés remontés

Mais il faut croire que ces textes ont peu de poids vis-à-vis des bergers, hostiles au retour du loup depuis plusieurs années. Leurs députés en tête, ils ne cessent de réclamer la destruction totale des loups, insinuant même, au mépris de la réalité, que la présence du loup n’aurait rien de naturel, mais serait due à des écologistes ! C’est donc assez logiquement que ces députés se montrent déçus. Henriette Martinez, députée UMP des Hautes-Alpes, s’étrangle : « quand je lis le communiqué intégral du ministre, j'ai l'impression de lire un plan de protection du loup et pas un plan de protection des troupeaux et des hommes.». Quant à Christian Estrosi, député UMP des Alpes Maritimes, s’il salue « l'avancée que constitue l'autorisation du tir de quatre loups », il en demande bien davantage.

Manifestations

Ces pressions politiques auront joué à plein. En effet, Serge Lepeltier apparaissait jusqu’alors comme hostile à toute destruction des loups. Mais le week-end précédent l’annonce, des manifestations ont eu lieu pour réclamer l’éradication du loup dans les Alpes. De surcroît, la mort la veille d’un troupeau précipité dans un ravin dans des circonstances non élucidées a fini par emporter la décision.

Espèce détruite

La chasse au loup va donc pouvoir reprendre en France, après que l’espèce ait été totalement détruite au début du XXème siècle. Il s’agissait déjà officiellement à l’époque de protéger les troupeaux du prédateur. Et puis cela faisait tellement plaisir aux populations locales… Il serait dommage de recommencer au début du XXIème siècle. D’autant qu’aujourd’hui, il est possible d’aider les bergers à exercer leur profession, de protéger leurs troupeaux et de laisser le loup vivre sa vie. Mais cela demande beaucoup plus de réunions d’information et de discussions que d’offrir la dépouille de quatre loups en pâture aux plus extrémistes.

Loup y est-tu ?

Les loups sont revenus en France, depuis l’Italie en 1992. Selon les chiffres du ministère, il y aurait entre 35 et 55 loups dans notre pays. Il y a eu, toujours selon le ministère, 2.177 animaux tués par les loups en 2003 et 2726 en 2002. Depuis dix ans, 1.000 attaques ont été répertoriées sur seulement six communes. Les départements concernés sont les Alpes-Maritimes (923 bêtes tuées), les Alpes-de-Haute-Provence (375), l'Isère, les Hautes-Alpes, le Var, l'Ain, la Savoie et la Drôme.
Ce recensement porte sur les dommages indemnisés. Car il faut savoir que seuls sont remboursés les dégâts dont l’administration estime qu’ils ont été causés par un loup. S’il s’agit d’un chien errant (ce qui est le plus souvent le cas, car il y a plus de chiens que de loups) les bergers ne touchent rien.


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