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Dresseurs furieux
Le 3 juin, Ric O’Barry, notre envoyé sur place, le
ministre de l’Environnement et le docteur Guillermo Lopez,
de l’Académie des Sciences dominicaine embarquent
à Port-au-Prince, direction l’enclos marin où
étaient retenus les dauphins. Au bout d’une heure
de traversée, ils sont sur place. Presque aussitôt,
l’auteur de la capture des animaux, José Roy, arrive,
en compagnie de deux dresseurs de dauphins. Ils sont furieux.
Des gardes-côte persuasifs
En désespoir de cause, ils tentent une dernière
fois de convaincre le ministre de renoncer à son projet
de libérer les dauphins. Ils assurent que les conditions
de détention des animaux sont conformes. José Roy
plaide qu’il va créer une nouvelle attraction touristique
qui sera bonne pour l’économie du pays. Rien n’y
fait. « Haïti ne tolèrera pas que la création
d’un pôle de loisirs soit basé sur la souffrance
animale », lui répond le ministre de l’Environnement.
Et pour appuyer ses dires, des gardes-côtes se présentent
à bord de bateaux armés de mitrailleuses. Cela convainc
José Roy de partir.
« Un grand jour »
Trois premiers dauphins sont relâchés. C’est
alors qu’une cage renfermant six tortues de mer, une espèce
protégée par la convention de Washington, dont la
capture et la détention sont interdites, est repérée.
Le ministre de l’Environnement décide immédiatement
de rendre aussi la liberté à ces animaux. Puis les
trois derniers dauphins retrouvent les grands espaces. «
C’est un grand jour pour Haïti », souligne Yves-André
Wainright. Un grand jour pour les animaux et leurs défenseurs
aussi.

Une
intervention déterminante de One Voice
La libération des dauphins d’Haïti est une grande
victoire pour One Voice. En effet nous sommes à l’origine
de la révélation de cette affaire et de son heureux
dénouement. Une action menée dans l’urgence.
Nous avons été contactés le 18 mai, par un
informateur local. Des dauphins se mourraient dans d’étroites
cages en Haïti. Une entreprise, peut-être d’origine
espagnole, finançait les captures de ces animaux. One Voice
a envoyé Ric O’Barry sur place. Le permis de capture
de ces dauphins avait été délivré
par le précédent ministre de l’Agriculture,
juste avant que ne surviennent les émeutes qui ont ensanglanté
l’île.
Action internationale
Notre spécialiste en mammifères marins, Ric O’Barry,
s’est immédiatement rendu en Haïti. Nous avons
décidé, vu la gravité des faits d’alerter
l’ensemble des organisations internationales de protection
des animaux. Nous leur avons demandé d’écrire
au ministre de l’Environnement, M. Yves André Wainright,
lui demandant de saisir les dauphins et de leur permettre de retourner
à la vie sauvage.
Entretien prometteur
Une rencontre a eu lieu le 22 mai, entre M. Wainright et Ric O’Barry.
Il se trouve que M Wainrigth a vécu en exil en Floride
durant neuf ans, où il a eu l’occasion de connaître
le travail de Ric. L’entretien en a été d’autant
plus profitable. Le ministre a demandé à Ric d’inspecter
les enclos. « J’ai besoin que quelqu’un qui
connaisse les dauphins et puisse me dire s’ils sont correctement
installés » a indiqué le ministre. Ric a été
officiellement mandaté, au nom de One Voice, par le gouvernement
haïtien pour vérifier les installations. Selon le
rapport qu’établira Ric, le gouvernement haïtien
prendra ou non la décision de confisquer les dauphins,
afin de les remettre en liberté. La chaîne de télévision
API (Associated Press International) a également envoyé
une équipe sur place.
Aucune étude préalable
Au cours de l’entretien plusieurs points importants ont
été soulevés. Le 22 décembre 2003,
un permis de capturer 10 dauphins a été accordé
à la compagnie haïtienne « Action Haïti
», dirigée par M. José Roy. Cette autorisation
a été émise sans qu’aucune étude
sur la population de dauphins ne soit préalablement réalisée.
Ce seul fait est susceptible de remettre le permis en question,
selon le nouveau ministre de l’Environnement. Ce permis
stipule que les 10 dauphins ne peuvent être vendus, ni exportés
hors d’Haïti. Ils peuvent seulement servir à
des actions « d’éducation et de tourisme »
dans l’île. Or, il y a peu de tourisme en Haïti,
en raison des récents évènements, et la nourriture
coûte cher. « Action Haïti » a donc tout
intérêt à obtenir un nouveau permis pour vendre
ses dauphins à l’étranger. Déjà
des dresseurs mexicains ont été contactés
par cette société et sont en Haïti. Il se pourrait
que les animaux soient envoyés au Mexique ou en République
dominicaine.
Aspect sinistre
Le lendemain de cette entrevue, le 23 mai, Ric O’Barry arrive
sur les lieux de détention. Le directeur d’ “Action
Haïti” s’est montré d’emblée
fort peu coopératif. Il a tout d’abord refusé
l’accès aux dauphins. L’intervention de la
police a permis de régler le problème et l’inspection
a pu commencer. Les installations présentent un aspect
sinistre. Six dauphins sont entassés dans des cages grossières
et de petites dimensions. Ce sont tous des mâles. La plupart
sont blessés. Ils se sont battus entre eux, en raison de
l’exiguïté des lieux. Les animaux sont agités.
Ils ont été séparés de leur groupe
au cours de leur capture. Certains portent encore les marques
des mauvais traitements qui leur ont été infligés
à cette occasion.
Enclos inadaptés
Les enclos sont totalement inadaptés. Leur profondeur est
si faible que les dauphins subissent les rayons du soleil la journée
entière. Or, la peau des dauphins n’offre aucune
protection contre les rayons ultraviolets. Ces animaux n’en
n’ont pas besoin dans la nature car ils passent 80% de leur
temps sous l’eau. En captivité, ils souffrent de
coups de soleil qui les font souffrir et peuvent s’infecter.
Animaux morts
Bien qu’elle ait obtenu un permis de capturer 10 dauphins,
“Action Haïti » n’en détient que
6. José Roy a expliqué que huit animaux avaient
été capturés, mais que deux étaient
morts depuis lors. Il n’a pas été possible
de vérifier cette assertion. Il se peut que plus de deux
dauphins aient péri en réalité, ou bien qu’aucun
ne soit mort et que les deux animaux manquants aient dores et
déjà été exportés illégalement.
José Roy a également expliqué qu’une
entreprise espagnole finançait la totalité de l’opération.
Il n’a pas voulu divulguer l’identité de cette
société, ni celle de l’entreprise mexicaine
qui a envoyé les dresseurs.
A la suite de cette inspection, Ric O’Barry a rédigé
un rapport soulignant les conditions de détention déplorables
des animaux et demandant leur libération. Ce qui a été
suivi d’effet.
Pour
voir la vidéo de cette libération : www.wozoproductions.org
une fois sur le site, cliquer sur "videos" et choisissez
la vidéo des dauphins en Haiti.
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