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Les dauphins prisonniers d’Haïti sont libres
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« Les dauphins sont notre trésor naturel. Nous ne laisserons personne tirer profit de leurs souffrances. » C’est en ces termes que le ministre de l’Environnement haïtien Yves-André Wainright, a annoncé la libération de six dauphins et six tortues de mer capturés à la fin du précédent régime. Douze animaux qui ont retrouvé la vie au grand large, le 3 juin 2004, grâce à l’action de One Voice. En effet, notre association a révélé la présence de ces animaux dans l’île, a contacté le gouvernement et a obtenu qu’ils soient relâchés.
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Dresseurs furieux

Le 3 juin, Ric O’Barry, notre envoyé sur place, le ministre de l’Environnement et le docteur Guillermo Lopez, de l’Académie des Sciences dominicaine embarquent à Port-au-Prince, direction l’enclos marin où étaient retenus les dauphins. Au bout d’une heure de traversée, ils sont sur place. Presque aussitôt, l’auteur de la capture des animaux, José Roy, arrive, en compagnie de deux dresseurs de dauphins. Ils sont furieux.

Des gardes-côte persuasifs

En désespoir de cause, ils tentent une dernière fois de convaincre le ministre de renoncer à son projet de libérer les dauphins. Ils assurent que les conditions de détention des animaux sont conformes. José Roy plaide qu’il va créer une nouvelle attraction touristique qui sera bonne pour l’économie du pays. Rien n’y fait. « Haïti ne tolèrera pas que la création d’un pôle de loisirs soit basé sur la souffrance animale », lui répond le ministre de l’Environnement. Et pour appuyer ses dires, des gardes-côtes se présentent à bord de bateaux armés de mitrailleuses. Cela convainc José Roy de partir.

« Un grand jour »

Trois premiers dauphins sont relâchés. C’est alors qu’une cage renfermant six tortues de mer, une espèce protégée par la convention de Washington, dont la capture et la détention sont interdites, est repérée. Le ministre de l’Environnement décide immédiatement de rendre aussi la liberté à ces animaux. Puis les trois derniers dauphins retrouvent les grands espaces. « C’est un grand jour pour Haïti », souligne Yves-André Wainright. Un grand jour pour les animaux et leurs défenseurs aussi.


Une intervention déterminante de One Voice


La libération des dauphins d’Haïti est une grande victoire pour One Voice. En effet nous sommes à l’origine de la révélation de cette affaire et de son heureux dénouement. Une action menée dans l’urgence.
Nous avons été contactés le 18 mai, par un informateur local. Des dauphins se mourraient dans d’étroites cages en Haïti. Une entreprise, peut-être d’origine espagnole, finançait les captures de ces animaux. One Voice a envoyé Ric O’Barry sur place. Le permis de capture de ces dauphins avait été délivré par le précédent ministre de l’Agriculture, juste avant que ne surviennent les émeutes qui ont ensanglanté l’île.

Action internationale

Notre spécialiste en mammifères marins, Ric O’Barry, s’est immédiatement rendu en Haïti. Nous avons décidé, vu la gravité des faits d’alerter l’ensemble des organisations internationales de protection des animaux. Nous leur avons demandé d’écrire au ministre de l’Environnement, M. Yves André Wainright, lui demandant de saisir les dauphins et de leur permettre de retourner à la vie sauvage.

Entretien prometteur

Une rencontre a eu lieu le 22 mai, entre M. Wainright et Ric O’Barry. Il se trouve que M Wainrigth a vécu en exil en Floride durant neuf ans, où il a eu l’occasion de connaître le travail de Ric. L’entretien en a été d’autant plus profitable. Le ministre a demandé à Ric d’inspecter les enclos. « J’ai besoin que quelqu’un qui connaisse les dauphins et puisse me dire s’ils sont correctement installés » a indiqué le ministre. Ric a été officiellement mandaté, au nom de One Voice, par le gouvernement haïtien pour vérifier les installations. Selon le rapport qu’établira Ric, le gouvernement haïtien prendra ou non la décision de confisquer les dauphins, afin de les remettre en liberté. La chaîne de télévision API (Associated Press International) a également envoyé une équipe sur place.

Aucune étude préalable

Au cours de l’entretien plusieurs points importants ont été soulevés. Le 22 décembre 2003, un permis de capturer 10 dauphins a été accordé à la compagnie haïtienne « Action Haïti », dirigée par M. José Roy. Cette autorisation a été émise sans qu’aucune étude sur la population de dauphins ne soit préalablement réalisée. Ce seul fait est susceptible de remettre le permis en question, selon le nouveau ministre de l’Environnement. Ce permis stipule que les 10 dauphins ne peuvent être vendus, ni exportés hors d’Haïti. Ils peuvent seulement servir à des actions « d’éducation et de tourisme » dans l’île. Or, il y a peu de tourisme en Haïti, en raison des récents évènements, et la nourriture coûte cher. « Action Haïti » a donc tout intérêt à obtenir un nouveau permis pour vendre ses dauphins à l’étranger. Déjà des dresseurs mexicains ont été contactés par cette société et sont en Haïti. Il se pourrait que les animaux soient envoyés au Mexique ou en République dominicaine.

Aspect sinistre

Le lendemain de cette entrevue, le 23 mai, Ric O’Barry arrive sur les lieux de détention. Le directeur d’ “Action Haïti” s’est montré d’emblée fort peu coopératif. Il a tout d’abord refusé l’accès aux dauphins. L’intervention de la police a permis de régler le problème et l’inspection a pu commencer. Les installations présentent un aspect sinistre. Six dauphins sont entassés dans des cages grossières et de petites dimensions. Ce sont tous des mâles. La plupart sont blessés. Ils se sont battus entre eux, en raison de l’exiguïté des lieux. Les animaux sont agités. Ils ont été séparés de leur groupe au cours de leur capture. Certains portent encore les marques des mauvais traitements qui leur ont été infligés à cette occasion.

Enclos inadaptés

Les enclos sont totalement inadaptés. Leur profondeur est si faible que les dauphins subissent les rayons du soleil la journée entière. Or, la peau des dauphins n’offre aucune protection contre les rayons ultraviolets. Ces animaux n’en n’ont pas besoin dans la nature car ils passent 80% de leur temps sous l’eau. En captivité, ils souffrent de coups de soleil qui les font souffrir et peuvent s’infecter.

Animaux morts

Bien qu’elle ait obtenu un permis de capturer 10 dauphins, “Action Haïti » n’en détient que 6. José Roy a expliqué que huit animaux avaient été capturés, mais que deux étaient morts depuis lors. Il n’a pas été possible de vérifier cette assertion. Il se peut que plus de deux dauphins aient péri en réalité, ou bien qu’aucun ne soit mort et que les deux animaux manquants aient dores et déjà été exportés illégalement. José Roy a également expliqué qu’une entreprise espagnole finançait la totalité de l’opération. Il n’a pas voulu divulguer l’identité de cette société, ni celle de l’entreprise mexicaine qui a envoyé les dresseurs.

A la suite de cette inspection, Ric O’Barry a rédigé un rapport soulignant les conditions de détention déplorables des animaux et demandant leur libération. Ce qui a été suivi d’effet.

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