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"Rois de la basse-cour"
Sans dire qui il était, un de nos enquêteurs est
allé en Bresse, pour découvrir la vraie vie des
"rois de la basse-cour". L'éclosion des poussins
a lieu au mois de mars en Bresse et en juin dans d'autres régions.
On commence à distinguer aisément les mâles
des femelles vers trois semaines. Puis, en Bresse, c'est une existence
souvent solitaire "dans un domaine herbeux de 10 m2",
ou parfois en groupe sur un morceau de pré, l'engraissement
dure trente semaines "selon une tradition qui date du XVIe
siècle". Dans d'autres régions, cet élevage
est plus industrialisé: 2500 animaux, à 6 dans un
parcours de 25m2 et abattus à 150 jours.
La castration a généralement lieu en été
à l'âge de 7 ou 8 semaines "pour pas que les
testicules soient trop gros et risquer d'en laisser une partie"
précisait une éleveuse citée dans Presse-Océan.
Pince
Chez les oiseaux, les testicules étant à l'intérieur
du corps, il faut donc aller les chercher pour les arracher. On
doit donc faire deux incisions de 4cm, de chaque côté
du poulet, puis avec une pince les testicules sont retirés.
L'animal est ensuite recousu. Les fils et la cicatrice attestent
de l'authenticité du chapon. L'opération, douloureuse,
est pratiquée sans anesthésie aucune. Si elle était
menée sur n'importe quel autre animal, cela donnerait lieu
à ouverture d'une enquête pour "acte de cruauté".
Mais, dans ce domaine, rien.
Complications
L'intervention, outre la souffrance qu'elle provoque chez l'animal,
peut être suivie de complications. Les poulets ont des sortes
de sacs sous la peau qui lors de l'incision peuvent se gonfler
d'air. Il faut alors les inciser une nouvelle fois pour les faire
dégonfler. Là encore sans anesthésie.
Crête
Malgré la castration, un morceau de crête apparaît
toujours sur la tête de l'animal, mais il se développe
différemment selon que la castration ait été
pleinement réussie ou non. Alors systématiquement,
les éleveurs coupent à vif cette crête imparfaite,
ainsi que les barbillons, ces plis charnus qui pendent de part
et d'autre sous le bec du coq. Cela est fait pour des raisons
strictement commerciales. Il s'agit ainsi de montrer au consommateur
qu'il s'agit d'un chapon.
Tradition
Notre enquêteur a demandé à l'éleveur
pourquoi il ne leur coupait pas ces appendices juste après
l'abattage, solution évidemment moins cruelle. Il lui a
été qu'il fallait que ça ait le temps de
cicatriser et, bien sûr, que c'était la tradition.
Un autre éleveur lui a aussi confirmé que ce n'était
pas une opération bénigne : "Ça saigne,
ça fait mal. Si on vous coupait deux morceaux de doigts,
qu'est-ce que vous diriez? Le jour d'après, ils ne mangent
pas grand chose!".
Nourriture
Si les animaux sont castrés, c'est pour qu'ils grossissent.
Un chapon peut atteindre le poids de 6 kilos. Car une fois les
interventions sans anesthésie menées sur eux, ils
ont droit à une nourriture riche et abondante composée
de lait (en Bresse, plusieurs éleveurs de chapons ne gardent
des vaches que pour être certains de la qualité de
ce lait, parfois soigneusement écrémé "pour
éviter des troubles digestifs à leurs protégés"
!), maïs concassé, blé cuit et les vers de
terre ou insectes picorés. Ils ne sont pas gavés
mais s'empiffrent de grosses quantités de nourriture :
35 kilos en moyenne pour leurs courtes existences. Cette phase
dure 5 mois. Puis l'animal passe les deniers 60 jours qui lui
restent à vivre confiné dans une petite cage en
bois appelée épinette.
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