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Stress à répétition
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Les animaux ne sont pas seulement malades. Ils souffrent aussi de troubles du comportement. Des éthologistes (spécialistes du comportement), tel le professeur René Dayan (faculté d'agronomie, Université Catholique de Louvain) ont prouvé qu'il cause de la souffrance, c'est-à-dire "une réduction critique d'un état subjectif de l'animal qu'on appelle son degré de bien-être". Comme celui-ci résulte de la satisfaction d'un certain nombre de besoins de base, leur absence partielle ou totale amène cette souffrance qui découle, en plus, de stimuli causant la douleur et le stress.

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Privations

Pour les palmipèdes gavés, les insatisfactions ne manquent pas, et les stimuli négatifs abondent : la souffrance est indéniable. La première des privations est celle des besoins comportementaux : les activités naturelles ne sont pas possibles pendant la phase de gavage, les conditions d'hébergement étant incompatibles avec le bien-être des palmipèdes pour les raisons suivantes : le confinement dans des cages de batterie qui peuvent être encore inférieures à celles des poules : 25 cm par 15. Dans ces 375 cm2 il est impossible à l'animal de bouger, sans parler d'étendre une aile. Un canard n'y est pas seulement gêné mais aussi blessé, notamment au cou quand il dépasse de la cage. Et quand ils deviennent plus gros, certains ne peuvent même plus passer la tête au travers, ce qui les oblige à vivre constamment courbés.

Surpopulation


La surpopulation, quand ils sont dans des "parcs collectifs" de gavage, c'est-à-dire 15 à 18 sur 3 m2, occasionne du stress, de l'agressivité et des coups de becs. Comme pour les poulets, les canards sont débéqués à l'âge de 2 semaines. Pour des facilités de manipulation, on leur arrache également les griffes des pattes qui ne repousseront plus. Le bec d'un canard est son principal organe sensoriel, il s'en sert normalement pour percevoir les aliments sous l'eau. Le débécage restera extrêmement douloureux toute sa courte vie. Ces pratiques de mutilations existent dans tous les élevages, même les élevages dits traditionnels.

Manque d'eau


D'autres privations leur sont imposées. Ainsi, l'absence d'eau, car même en prairie avant gavage, il est impossible de nager et de nettoyer correctement son plumage (il reste desséché car le graissage naturel des plumes ne peut se faire). Le fait de devoir manger et boire passivement leur est pénible, car le nourrissage de force ne prend que peu de temps, alors que dans la nature ou en basse-cour, ils passent plus du tiers de leurs journées à la recherche de nourriture.

Nourriture


Puis vient la privation des besoins physiologiques, car la nourriture (poudre de maïs cuit et salé mélangée à de l'eau) qu'on leur fait ingurgiter n'est pas une alimentation équilibrée. Les palmipèdes ne la mangeraient pas d'eux mêmes, en tous cas pas dans de telles quantités. Car il n'y a pas d'autogavage, sauf chez des individus dont on a détruit une partie du cerveau. Le choix, spontané ou appris, des aliments adéquats pour la santé, ne peut plus s'effectuer.

Absence de contacts


La privation des besoins sociaux est particulièrement grave, car il s'agit d'espèces grégaires cherchant à former des groupes stables où existe la coopération. Le gavage leur fait vivre une existence où la recherche de contacts est totalement faussée. Il n'y a aucune possibilité de contacts avec les congénères visibles au travers des barreaux, ce qui entraîne une frustration des relations affiliatives et de leurs manifestations, toilettage mutuel notamment.
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Conflit émotionnel


Les élevages n'étant composés que de mâles, il y a privation de relations avec les femelles, relations d'autant plus importantes qu'elles s'opèrent chez des espèces à formation de couple stable, fidèle : cela cause un stress social manifeste. Il y a une grave atteinte au comportement due au processus d'imprégnation filiale : dans les premières heures de leur vie, les oisons et canetons s'attachent aux premiers individus qu'ils voient, à savoir des humains : il y a dépendance affective à ces "faux parents" vers lesquels ils se précipitent volontiers. Mais cette tendance est progressivement contrariée par les douleurs croissantes dues au gavage, occasionnant des réponses de fuite très parlantes. Le conflit émotionnel est intense : on veut aller vers les humains et fuir les gaveurs. Cela devient une réelle anxiété.

Douleur


Et il y a la douleur elle-même, celle liée aux maladies et les souffrances qui viennent des récepteurs sensoriels de la bouche et du gosier, blessés par les passages répétés de l'embuc ou de l'aliment brûlant, mais aussi de l'élargissement de la rate et du foie, pressant sur d'autres organes comme les poumons.

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Comportements anormaux

Enfin, le stress car : "Des perturbations de l'environnement répétées imposent à l'animal des mécanismes d'adaptation excessifs qui finissent par être dommageables pour sa santé", comme le souligne le Professeur René Dayan. Il y a stress ponctuel avec augmentation du rythme cardiaque et velléités de fuite, impossibles en cage, pour toutes les manipulations humaines et surtout au moment où le gaveur prend l'animal par le cou ou la tête pour le forcer à ouvrir le bec. Celui-ci s'agite fortement et manifeste, après le gavage, des comportements anormaux, essayant par exemple de tourner en remuant la tête. Le stress apparaît dès le premier jour de la vie, lors du transport depuis l'élevage du "naisseur", en train ou camion, sans eau ni nourriture. "Le stress répété que subissent les canards explique une large proportion des 4 à 10 % des cas de mortalité qui sont constatés jusqu'à l'abattage" commente René Dayan.


Un foie sur deux d'origine étrangère

Selon le ministère de l'Agriculture, la production a plus que doublé depuis 1993 et a été multipliée par huit en 20 ans. En 2002, le canard représente 96,5 % du total produit alors qu'en 1980 les proportions étaient d'un tiers d'oie pour deux tiers de canard. Au cours des années 1990, la production de canards gras s'est développée plus vite dans l'Ouest de la France (notamment en Vendée) que dans le Sud-Ouest. La part du Grand-Ouest, insignifiante en 1990, représente maintenant 22 % du total produit. Toutefois, en 2002, la production semble avoir augmenté plus fortement dans le Sud-Ouest que dans l'Ouest.

La hausse de la production en 2002 s'est accompagnée d'une baisse des cours. Le prix moyen des différentes catégories de foies gras de canard « sortie salle de découpe » s'élève à 19,32 euros/kg en 2002, en repli de 12 % sur 2001.

Les importations de foies gras crus de l'année 2002 atteignent 1200 tonnes, moitié canard, moitié oie, en baisse de 19 % par rapport à 2001. La baisse est beaucoup plus marquée pour le canard (– 30 %) que pour l'oie (– 4 %). Les importations de foies gras d'oies restent importantes par rapport à la production : plus de la moitié des foies gras d'oies consommés en France est d'origine étrangère, essentiellement hongroise. Pour le canard, les deux principaux fournisseurs sont la Hongrie (50 % du total importé) et la Bulgarie (45 %).


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