www.onevoice-ear.org

Le piégeage, sans cruauté ?
-

Tous les animaux tués pour leur fourrure ne viennent pas d'élevages. Certains sont piégés en pleine nature. Cette réalité, même les industriels la reconnaissent. D'après leurs propres chiffres, 15% des animaux tués pour leur fourrure ont été piégés. Et encore ce chiffre ne porte-t-il que sur les fourrures commercialisées. Or, un piège attrape ce qui passe au dessus de lui, il ne fait pas de détail.

-
C'est ainsi que des centaines de milliers d'autres animaux meurent. Les trappeurs leur ont trouvé un nom : les "déchets".

Ours polaires


La liste des animaux concernés est très large. Elle émane des trappeurs, eux-mêmes. La société de la faune et des parcs Québec publie ainsi le résultat des ventes de fourrures d'animaux sauvages entre le 1er janvier 2001 et le 30 août 2002 : Belettes (14 047), Castors (69 023), Coyotes, (4 285), Écureuils (5 394), Loups (353), Loutres (4 438), Lynx du Canada (3 579), Martre d'Amérique (39 497), Moufette rayée (132), Ours noirs (1 531), Ours polaires (23), Pékans (7 383), Rats musqués (70 118), Ratons Laveurs (13 645), Renards argentés (86), Renards arctiques (26), Renards croisés (591), Renards roux (18 434), Visons (9 573).

Interdiction


Les campagnes menées par les protecteurs des animaux, qui ont dénoncé sans relâche l'utilisation de pièges et notamment de pièges à mâchoires ont abouti, finalement, à leur interdiction en Europe, dès 1991. Cette interdiction devait s'assortir de la non importation de peaux prélevées de cette manière dans les pays extérieurs à l'Union. Il va de soi que le Canada, les Etats-Unis et la Russie, les plus importants pourvoyeurs de fourrure sauvage se sont alarmés de cette décision, très pénalisante financièrement.

Traditions


Ils ont, habilement, fait valoir que pour certaines tribus, le piégeage fait partie des traditions. Mettant en avant les Amérindiens ou les Inuits, ils oubliaient de dire que ces peuples n'effectuaient pas et de loin, les prises les plus importantes. Mais l'argument humanitaire a joué à plein. Résultat, il a fallu attendre décembre 1997 pour qu'un accord soit enfin signé avec le Canada et la Russie, et août 1998 avec les Etats-Unis. Ces accords prévoyaient que les exportations de fourrure pouvaient se poursuivre, à la condition que les pièges à mâchoires soient bannis à compter de 2001. Soit dix ans de gagnés pour les piégeurs.

"Sans cruauté"


Cet accord, dit "accord sur des normes internationales de piégeage sans cruauté", prévoit aussi la création de nouveaux modes de piégeages, plus "humains", qui devraient être utilisés au plus tard en 2007. Donc, de l'aveu même de ce texte, le piégeage actuel est cruel. De surcroît, le document n'est pas terriblement contraignant pour les trappeurs. Il y est ainsi indiqué : "Même si le bien-être peut varier considérablement, le terme «sans cruauté» est appliqué uniquement aux méthodes de piégeage qui maintiennent le bien-être des animaux à un niveau suffisant, bien qu'il soit admis que, dans certaines situations, dans le cas de pièges destinés à la mise à mort, le niveau de bien-être peut être bas durant un court laps de temps."

Expérimentation

Au fait comment crée-t-on des pièges "sans cruauté"? En les testant sur des animaux. C'est ainsi que le programme de recherche et de développement des pièges de l'Institut de la fourrure du Canada mené aux installations de l'Alberta Research Council Vegreville a coûté un million de dollar. L'Institut précise "Les animaux servant au programme de recherche et de tests des pièges sont traités selon les exigences du Conseil canadien de protection des animaux, qui régit l'utilisation des animaux expérimentaux". Certes, des expériences logicielles sont aussi menées. Mais on en arrive au paradoxe de tuer des animaux pour en tuer "humainement" d'autres. Comprenne qui pourra.

Limites


En outre, la recherche a ses limites. Le même Institut note : "de nouveaux pièges " rembourrés " ont récemment été mis au point pour les prédateurs de plus grosse taille : renards, coyotes et loups, pour lesquels on n'a pas encore inventé de pièges entraînant la mort rapide".

Automutilation


Que se passe-t-il pour l'animal piégé par la patte ? Certains arrivent à se délivrer en se rongeant la patte et survivent. D'autres se mutilent également et meurent un peu plus loin en raison de l'hémorragie. Une étude américaine a montré que 27 % des visons, 24 % des ratons-laveurs et 26 % des renards s'auto-mutilaient. Par ailleurs, des autopsies menées sur des renards arctiques ont permis de retrouver dans leurs estomac des morceaux de leur propre corps : des parties de pattes, des griffes, des bouts d'os et surtout de dents car elles éclatent très souvent sur le métal lors des tentatives de libération. Les trois-quart des animaux meurent donc prisonniers du piège. Mais pas de façon rapide. Ils meurent de faim ou de soif, dévorés par un autre animal sauvage. Ils ne sont tués par les trappeurs que si ces derniers ne tardent pas trop.

Agonie


Il ne faut pas en conclure que les autres pièges soient plus doux. Des expériences ont montré que même un piège qui broie sous l'eau (à mâchoires aussi, mais également les modèles dits "en X" ou "livres de messe") ne réussit pas à supprimer l'agonie : pour les visons, la perte de conscience prend en moyenne, deux minutes trente, et entre trois et quatre minutes pour un rat musqué. Les castors se débattent pendant neuf minutes et demi, leur cerveau fonctionne bien plus longtemps et les battements de cœur ne s'arrêtent qu'au bout de 15 minutes, toujours en moyenne.
-

DEJA DARWIN

Il existe de très nombreuses déclarations récentes de personnalités et de scientifiques qui portent témoignage de l'horreur du piégeage. Mais en 1863 déjà, le célèbre naturaliste Charles Darwin condamna les pièges à mâchoires, indiquant qu'ils menaient "des milliers d'animaux à une extrêmement douloureuse agonie, probablement pendant une durée de 8 ou 10 heures, avant que la mort n'y mette fin." Il demanda à ses compatriotes anglais d'agir contre "une si terrifiante somme de cruauté".

HISTOIRES DE BETES


Au Canada, dans la province de Colombie Britannique, des zoologistes chargés par le gouvernement d'étudier la vie de l'ours grizzly, tombèrent sur un piège dans lequel se trouvait un ourson mort. L'examen leur fournit des indices indéniables selon lesquels la mère elle-même avait tué son petit qui se débattait dans d'insupportables douleurs. Il arrive parfois que des animaux soient retrouvés vivants, même au bout de plusieurs semaines. Lors d'une consultation parlementaire, un trappeur de l'Alaska rapporta le cas d'un lynx qui survécut six semaines dans son piège : d'autres congénères lui avaient apporté de la nourriture.
-
------------
-
Toute reproduction des textes ou des photos est interdite sans autorisation
© One Voice
-
One Voice
23, rue du chanoine Poupard
BP 91923
44319 Nantes cedex 3
Tel: 02 518 318 10 - Fax : 02 518 318 18
info@onevoice-ear.org