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Planète Bonobo
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Le bonobo, Pan paniscus, est le moins connu des quatre espèces de grands singes. On commence à peine à étudier sa vie sociale. Il a été officiellement reconnu comme une espèce nouvelle en 1929. Pourtant, dans la famille, il est aussi proche de nous que le chimpanzé. Gracile, il a les lèvres roses et le visage noir. Les bonobos habitent dans les forêts tropicales de la République démocratique du Congo. Ils vivent paisiblement en groupe, d’une centaine d’individus, la plupart du temps dans les arbres. Mais ils n’en passent pas moins 20 % de leur temps, debout.

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Leur nourriture, essentiellement végétarienne, se compose de fruits mûrs, de plantes et parfois d’insectes. Ils savent utiliser des brindilles et des feuilles en signes de piste pour s’orienter dans la forêt. Pourquoi avoir si longtemps ignoré ce monde, même si la difficulté d’accès de leur habitat et l’instabilité politique ont pu retarder sa découverte ? Dans la tentative de reconstituer le scénario de l’évolution de l’humanité, les bonobos posent des questions dérangeantes. Ils ne se conforment pas au moule du singe tueur.

La paix plutôt que la guerre


La société bonobo est régie principalement par des principes de paix et d’égalité entre mâles et femelles. Les mères, plus particulièrement, jouent un rôle important. Les femelles entretiennent des liens très forts entre elles. Les mâles ne se battent pas jusqu’à la mort et ils ne tuent pas les petits. Les relations intercommunautaires sont plutôt détendues. Bien que des conflits parfois âpres puissent exister, ils savent les gérer. Une des clefs de cette gestion non violente des conflits est le sexe. Les bonobos s’adonnent à toutes sortes de contacts affectifs. La fréquence des rapports sexuels est supérieure à celle de tous les primates. Pourtant, la femelle met un enfant au monde environ tous les cinq ans, comme les chimpanzés. Chez eux, le sexe est, entre autres, une alternative à l’agressivité.

Le respect plutôt que la persécution


Les bonobos se construisent des nids non seulement pour dormir, mais aussi pour délimiter un espace privé. Là, ils peuvent dormir, manger, jouer, ou se réfugier, s’ils veulent la tranquillité. C’est ainsi qu’à Lomako, des chercheurs ont pu observer un mâle adulte poursuivi se réfugier dans un nid de fortune, et l’assaillant rebrousser chemin. Le respect de l’espace individuel n’est-il pas un des fondements de la liberté ?

L’empathie plutôt que la violence


Un des plus extraordinaires secrets de réussite de la culture bonobo réside dans la capacité à être en empathie avec l’autre. La sensibilité à l’autre peut être bel et bien un critère d’intelligence, au même titre que l’emploi d’outils. Cette grande capacité à se mettre à la place de l’autre a été observée dans maintes situations. Au zoo de Milwaukee, Lody, un mâle dominant, prête assistance à Kidogo, un autre mâle affaibli par des problèmes cardiaques. Il lui entoure les épaules pour le protéger. Il lui donne la main. Au centre de recherche sur le langage d’Atlanta, Kanzi vole au secours de sa sœur cadette en difficulté pour répondre à certaines questions de la chercheuse Sue Savage. Au zoo de Twycross (Angleterre), après avoir capturé un étourneau alors pétrifié de peur, Kuni l’aide à s’envoler en lui dépliant délicatement les ailes. D’après Sue Savage, les bonobos sont sensibles à ce que l’autre ressent et pense, et à ce qui le conduit à penser ainsi. Ils savent écouter et regarder avec le cœur.

L’égalité plutôt que la domination

Les bonobos sont victimes, comme les autres grands singes, de la délinquance humaine. La surexploitation du bois et la recherche de diamants dégradent leur habitat naturel. Depuis la guerre civile de 1991, les populations affamées ont violé le tabou de tuer les bonobos. Ils sont maintenant chassés et vendus « pour la viande ». Leur survie est en grand danger. Il devient impérieux de les sauver pour eux-mêmes et pour continuer les recherches afin de comprendre les raisons qui ont fait évoluer les bonobos vers une société pacifique et égalitaire plutôt que violente et dominatrice. Le modèle bonobo dérange la théorie de l’évolution du modèle chimpanzé centré sur la domination masculine, la guerre, la chasse, l’emploi des outils. En démontrant que l’agressivité humaine et la volonté de pouvoir n’ont pas un caractère biologiquement inévitable, il nous donne une chance. Celle de nous libérer de ces préjugés bien ancrés qui, depuis des siècles, détruisent la nature et les êtres vivants qu’elle abrite.

Une révélation dérangeante

On pense aujourd’hui que l’australopithèque n’était pas un grand prédateur mais plutôt une proie des grands carnivores. D’après Franz de Waal « il se pourrait donc que les débuts de notre lignée aient été marqués non par la férocité, mais par la peur ». Il devient difficile de nous identifier à ce prédateur pour légitimer notre volonté féroce de domination sur le Vivant. Est-ce cette terreur ancestrale, à l’origine de notre histoire, que nous nous efforçons de refouler en la faisant subir depuis des siècles aux animaux ? Notre frère d’évolution nous rappelle qu’il a construit sa planète avec un comportement sensible aux autres, affectueux, pacifique et conciliant. Autrement dit, une planète centrée sur la valeur des relations sociales. Nous tentons de l’ignorer. Et pourtant... elle tourne !

Une nouvelle culture pour survivre


Si, comme les bonobos, nous regardons l’autre avec les yeux du cœur, aussi différent soit-il, nous pouvons nous enrichir de son monde, sans le détruire. En s'arrogeant des droits fondamentaux et en les niant aux non-humains, l'homme s'est aussi donné le droit à l'irresponsabilité meurtrière. La planète bonobo pourrait bien engager la planète humanité à "tourner plus rond" en passant d'une culture de l'agressivité à une culture de la paix dans sa relation à l'autre, qu'il ait ou non visage humain. C'est une nouvelle façon de marcher sur notre planète que nous devons inventer ou réinventer. Une marche qui accompagne la terre à harmoniser des milliers de mondes différents, plutôt qu'à les séparer par des murs arbitraires et destructeurs. Plusieurs millions d'années après les bonobos, le principe de non-violence est toujours, et plus que jamais, une question de survie.

Marité Moralès

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