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Ces animaux étaient destinés à devenir des «ours qui dansent». Ils auraient alors été retenus par des gitans (Kalandars) qui ont pour tradition d’être des montreurs d’ours et qui détiennent leurs animaux dans des conditions déplorables.
L’enquête
Des membres de One Voice et de SOS Wildlife ont orienté
leurs recherches dans l’état d’Orissa, où
le braconnage sévit de longue date, ainsi que dans la région
autour de la ville d’Agra, où sont basés la
plupart des montreurs d’ours.
Rien n’aurait été possible si certains Kalandars,
finalement émus du sort des ours, n’avaient accepté de collaborer.
C’est ainsi qu’en s’infiltrant dans les réseaux
de braconniers, les lieux et dates de capture, mais aussi de vente
des oursons ont pu être précisément identifiés.
La région de Sambalpur, à l’ouest de l’état
d’Orissa concentre les actes de braconnage. Cette partie
du pays est considérée comme une « zone tribale
». Elle abrite les deux principaux négociants d’ours,
qui sont chacun à la tête d’un réseau
de braconniers, répartis dans divers villages. Ces hommes
ne capturent pas que des oursons, mais aussi des perroquets, divers
serpents et même des léopards. Les oursons sont revendus
entre 10 000 et 20 000 roupies, soit entre
174,60 € et 181,80 €, soit six mois du salaire moyen
indien (30€).
Les arrestations
Au début du mois de janvier 2004, des renseignements nous
parviennent indiquant qu’entre 17 et 19 oursons viennent
d’être capturés et vont être vendus.
Les animaux ont été répartis dans divers
villages, dont cinq à Koria, une commune proche d’Agra,
qui semble être la plaque tournante du trafic des ours en
Inde. Des oursons ont été repérés
dans d’autres villages.
Ces informations sont communiquées à la police et
au ministère de la Forêt, ce qui permet l’interpellation
des trafiquants et la saisie des animaux. Plusieurs raids sont
effectués dans les villages signalés par nos enquêteurs.
Au total, neuf personnes sont interpellées. Elles risquent
des amendes et des peines de prison allant de trois à sept
ans.
La situation
Il y a aujourd’hui environ 1200 « ours qui dansent
» en Inde. Ces animaux subissent diverses mutilations afin
d’être maintenus en captivité : castrés
à vif vers l’âge de six mois, les crocs brisés
vers l’âge de deux ans, parfois plus tôt.
Leurs griffes sont coupées, quand leurs phalanges ne sont
pas sectionnées. Dès l’âge de deux mois
puis à plusieurs reprises tout au long de leur vie, on
leur perce le museau avec un tisonnier chauffé à
blanc afin d’y faire passer une corde. La plaie ainsi pratiquée
est constamment avivée par le passage de la corde. Cela
permet aux dresseurs d’obtenir une totale soumission de
leur ours : pour échapper à la douleur provoquée
par la tension de la corde, ils se montrent d’une grande
docilité pour exécuter les tours. Mal nourris, soumis
à des marches forcées afin de rallier les villages
où se trouve les touristes, ils meurent généralement
au bout d’une huitaine d’années. Ils vivent
environ de 25 ans à 30 ans dans la nature.

Le
braconnage
Les ours sont pris dans la forêt entre décembre et
mars. Les braconniers tuent le plus fréquemment la femelle
afin de s’emparer de son petit. Les oursons ainsi capturés
sont très jeunes, ils n’ont qu’une dizaine
de jours. Au moins 60 % d’entre eux meurent. Il n’est
pas rare que certains finissent mangés par les braconniers.
Ce fut le cas encore en janvier 2004.
Par ailleurs, ces délinquants pratiquent également
le trafic d’oiseaux. Des milliers de jeunes perroquets,
encore démunis de plumes, ont été vus cette
année.
Le sanctuaire
Ouvert en 2002, le sanctuaire a reçu son premier ours le
26 décembre. Il abrite aujourd’hui une cinquantaine
d’animaux. Deux vétérinaires gèrent
ce centre et assurent une présence constante sur le site.
Une clinique, comportant notamment du matériel de radiologie
et de chirurgie a été aménagée afin
de prodiguer les soins nécessaires aux animaux qui souffrent
de diverses carences. Mal nourris, beaucoup sont atteints de cécité.
L’équipe de One Voice, association partenaire du
projet, s’est rendue à plusieurs reprises dans ce
centre, la dernière fois en janvier 2004.
La cellule anti-braconnage
Animée par Kartick Satyanarayan, la cellule est épaulée
par un avocat, Maître Narayan-Vashisht, qui a été
longtemps le défenseur de trafiquants d’animaux sauvages,
avant de changer d’opinion. Sa connaissance de l’intérieur
du système est bien évidemment un atout.
Les raids devraient reprendre fin février, nous sommes
déjà sur de nouvelles pistes. En outre, la cellule
va organiser dès le mois de mars des réunions d’information
auprès de la police et des magistrats afin de leur expliquer
la législation en matière d’animaux sauvages.
Cette initiative est appuyée par les autorités indiennes.
A la faveur de la nouvelle législation indienne, promulguée
en 2002, les Kalandars peuvent rendre leurs ours, en échange
de l’abandon de toute poursuite à leur encontre et
d’une reconversion professionnelle proposée par les
associations.
Cette disposition et la volonté affichée des autorités
indiennes de mettre fin au braconnage et à la détention
des ours laissent espérer que d’ici à quelques
années, les « ours qui dansent » appartiendront
au passé.
Les oursons
Les cinq oursons récupérés au cours de notre
première enquête ont été placés
dans le sanctuaire. Très faibles, leurs chances de survie
étaient extrêmement limitées. Le seul exemple
en date du sauvetage réussi d’un ourson l’a
été au zoo d’Amsterdam.
Une « tanière » leur a été aménagée
dans la chambre d’un des vétérinaires. Maintenus
dans la pénombre (dans la nature les oursons ne sortent
pas avant l’âge de 5 mois), les animaux bénéficient
de chauffage et sont nourris toutes les quatre heures. Ils reçoivent
également des compléments alimentaires. A ce jour,
ils reprennent des forces.

Les
adultes
Les animaux qui arrivent au sanctuaire sont non seulement blessés,
mais aussi perturbés. Par exemple, l’un d’entre
eux ne veut pas dormir dans une tanière, mais exclusivement
dans un tube de béton. Un autre, qui a eu les phalanges
sectionnées, a présenté pendant des mois
des plaies infestées par les asticots. D’autres ont
le museau si abîmé par la corde que les os sont à
vif.
Il faut plusieurs mois avant que les animaux parviennent à
reprendre un comportement normal.
Les ours lippus ou ours à miel
Classé à l’annexe I de la convention de Washington,
ces animaux sont censés être parmi les plus protégés
de la planète. Ils ne peuvent être ni tués,
ni capturés, ni vendus. Ils sont une espèce endémique
de l’Inde. Ils ne seraient qu’environ 6000 aujourd’hui.
Ils étaient 10 000 en 1992.
Chaque année, une centaine d’oursons sont capturés.
En 2004, pour la première fois, notre estimation est tombée
à 35 oursons pour tout le pays. Certains sont vendus au
Pakistan pour les combats, ou en Chine pour le commerce de la
bile.
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