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Coup de filet dans le milieu des braconniers d’ours en Inde - Janvier 2004
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Depuis septembre 2003, One Voice et Wildlife SOS enquêtent sur les braconniers indiens qui capturent des ours lippus (protégés en annexe I de la convention de Washington) dans la région de Sambalpur. Cette lutte contre le trafic a porté ses fruits puisque neuf personnes ont été arrêtées en janvier 2004. Cinq oursons ont été saisis.

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Ces animaux étaient destinés à devenir des «ours qui dansent». Ils auraient alors été retenus par des gitans (Kalandars) qui ont pour tradition d’être des montreurs d’ours et qui détiennent leurs animaux dans des conditions déplorables.


L’enquête

Des membres de One Voice et de SOS Wildlife ont orienté leurs recherches dans l’état d’Orissa, où le braconnage sévit de longue date, ainsi que dans la région autour de la ville d’Agra, où sont basés la plupart des montreurs d’ours.
Rien n’aurait été possible si certains Kalandars, finalement émus du sort des ours, n’avaient accepté de collaborer.
C’est ainsi qu’en s’infiltrant dans les réseaux de braconniers, les lieux et dates de capture, mais aussi de vente des oursons ont pu être précisément identifiés.
La région de Sambalpur, à l’ouest de l’état d’Orissa concentre les actes de braconnage. Cette partie du pays est considérée comme une « zone tribale ». Elle abrite les deux principaux négociants d’ours, qui sont chacun à la tête d’un réseau de braconniers, répartis dans divers villages. Ces hommes ne capturent pas que des oursons, mais aussi des perroquets, divers serpents et même des léopards. Les oursons sont revendus entre 10 000 et 20 000 roupies, soit entre
174,60 € et 181,80 €, soit six mois du salaire moyen indien (30€).

Les arrestations


Au début du mois de janvier 2004, des renseignements nous parviennent indiquant qu’entre 17 et 19 oursons viennent d’être capturés et vont être vendus.
Les animaux ont été répartis dans divers villages, dont cinq à Koria, une commune proche d’Agra, qui semble être la plaque tournante du trafic des ours en Inde. Des oursons ont été repérés dans d’autres villages.
Ces informations sont communiquées à la police et au ministère de la Forêt, ce qui permet l’interpellation des trafiquants et la saisie des animaux. Plusieurs raids sont effectués dans les villages signalés par nos enquêteurs. Au total, neuf personnes sont interpellées. Elles risquent des amendes et des peines de prison allant de trois à sept ans.

La situation


Il y a aujourd’hui environ 1200 « ours qui dansent » en Inde. Ces animaux subissent diverses mutilations afin d’être maintenus en captivité : castrés à vif vers l’âge de six mois, les crocs brisés vers l’âge de deux ans, parfois plus tôt.
Leurs griffes sont coupées, quand leurs phalanges ne sont pas sectionnées. Dès l’âge de deux mois puis à plusieurs reprises tout au long de leur vie, on leur perce le museau avec un tisonnier chauffé à blanc afin d’y faire passer une corde. La plaie ainsi pratiquée est constamment avivée par le passage de la corde. Cela permet aux dresseurs d’obtenir une totale soumission de leur ours : pour échapper à la douleur provoquée par la tension de la corde, ils se montrent d’une grande docilité pour exécuter les tours. Mal nourris, soumis à des marches forcées afin de rallier les villages où se trouve les touristes, ils meurent généralement au bout d’une huitaine d’années. Ils vivent environ de 25 ans à 30 ans dans la nature.

Le braconnage

Les ours sont pris dans la forêt entre décembre et mars. Les braconniers tuent le plus fréquemment la femelle afin de s’emparer de son petit. Les oursons ainsi capturés sont très jeunes, ils n’ont qu’une dizaine de jours. Au moins 60 % d’entre eux meurent. Il n’est pas rare que certains finissent mangés par les braconniers. Ce fut le cas encore en janvier 2004.
Par ailleurs, ces délinquants pratiquent également le trafic d’oiseaux. Des milliers de jeunes perroquets, encore démunis de plumes, ont été vus cette année.

Le sanctuaire


Ouvert en 2002, le sanctuaire a reçu son premier ours le 26 décembre. Il abrite aujourd’hui une cinquantaine d’animaux. Deux vétérinaires gèrent ce centre et assurent une présence constante sur le site. Une clinique, comportant notamment du matériel de radiologie et de chirurgie a été aménagée afin de prodiguer les soins nécessaires aux animaux qui souffrent de diverses carences. Mal nourris, beaucoup sont atteints de cécité. L’équipe de One Voice, association partenaire du projet, s’est rendue à plusieurs reprises dans ce centre, la dernière fois en janvier 2004.

La cellule anti-braconnage


Animée par Kartick Satyanarayan, la cellule est épaulée par un avocat, Maître Narayan-Vashisht, qui a été longtemps le défenseur de trafiquants d’animaux sauvages, avant de changer d’opinion. Sa connaissance de l’intérieur du système est bien évidemment un atout.
Les raids devraient reprendre fin février, nous sommes déjà sur de nouvelles pistes. En outre, la cellule va organiser dès le mois de mars des réunions d’information auprès de la police et des magistrats afin de leur expliquer la législation en matière d’animaux sauvages. Cette initiative est appuyée par les autorités indiennes. A la faveur de la nouvelle législation indienne, promulguée en 2002, les Kalandars peuvent rendre leurs ours, en échange de l’abandon de toute poursuite à leur encontre et d’une reconversion professionnelle proposée par les associations.
Cette disposition et la volonté affichée des autorités indiennes de mettre fin au braconnage et à la détention des ours laissent espérer que d’ici à quelques années, les « ours qui dansent » appartiendront au passé.

Les oursons

Les cinq oursons récupérés au cours de notre première enquête ont été placés dans le sanctuaire. Très faibles, leurs chances de survie étaient extrêmement limitées. Le seul exemple en date du sauvetage réussi d’un ourson l’a été au zoo d’Amsterdam.
Une « tanière » leur a été aménagée dans la chambre d’un des vétérinaires. Maintenus dans la pénombre (dans la nature les oursons ne sortent pas avant l’âge de 5 mois), les animaux bénéficient de chauffage et sont nourris toutes les quatre heures. Ils reçoivent également des compléments alimentaires. A ce jour, ils reprennent des forces.

Les adultes

Les animaux qui arrivent au sanctuaire sont non seulement blessés, mais aussi perturbés. Par exemple, l’un d’entre eux ne veut pas dormir dans une tanière, mais exclusivement dans un tube de béton. Un autre, qui a eu les phalanges sectionnées, a présenté pendant des mois des plaies infestées par les asticots. D’autres ont le museau si abîmé par la corde que les os sont à vif.
Il faut plusieurs mois avant que les animaux parviennent à reprendre un comportement normal.

Les ours lippus ou ours à miel

Classé à l’annexe I de la convention de Washington, ces animaux sont censés être parmi les plus protégés de la planète. Ils ne peuvent être ni tués, ni capturés, ni vendus. Ils sont une espèce endémique de l’Inde. Ils ne seraient qu’environ 6000 aujourd’hui. Ils étaient 10 000 en 1992.
Chaque année, une centaine d’oursons sont capturés. En 2004, pour la première fois, notre estimation est tombée à 35 oursons pour tout le pays. Certains sont vendus au Pakistan pour les combats, ou en Chine pour le commerce de la bile.


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