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Des « fêtes champêtres » bien particulières
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Les corridas n’ont pas toujours lieu dans de grandes arènes. En France, comme en Espagne, il existe des « fiestas camperas », fêtes champêtres où des taureaux sont tués au cours de rencontres « amicales » de caractère privé.

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Vacanciers

Les toreros français qui restent sur la touche des grandes arènes, et les jeunes élèves des écoles de corrida qui n’auront jamais de contrats, sont réduits à pratiquer dans ces cercles. Des vacanciers profitent de ces manifestations pour jouer les “toreros du dimanche” entre la plage et la pétanque. Certains manadiers organisateurs proposent ainsi un abattage privé, agrémenté de grillades, musique et danse.

Billetterie


Pour attirer une clientèle et rentabiliser l’opération, les organisateurs émettent une billetterie dans quelques tabacs de la ville taurine la plus proche. Il ne reste plus qu’à demander à la presse régionale d’indiquer l’emplacement de la corrida privée ou de la signaler sur Internet.
Un de nos enquêteurs a ainsi pu assister à l’une de ces réunions.

Famille


La « fête » commence vers 10 heures du matin. On arrive en famille. Les spectateurs et leurs enfants montent sur le talus d’où ils surplombent la piste. Sous un parasol, un notable local fait office de président d’arène.

Tricherie


Le premier taureau est lâché : il est jeune, ses cornes sont raccourcies de moitié. Ce n’est plus un “afeitage” (cornes coupées et rafistolées à la résine), tricherie pratiquée dans les grandes arènes et camouflée parce qu’interdite par le règlement taurin. Ici, on affiche clairement la couleur : l’animal n’a plus aucun moyen de se défendre.

Acharnement

Entre dans l’arène un homme visiblement inexpérimenté, portant bottes mexicaines, jeans retroussés et boléro pour faire hispanisant. Il mime avec une cape rose des passes grotesques.
Armé d’une lance, le picador entre en piste et attaque le dos de l’animal pour briser sa résistance. Il s’y prend avec un tel acharnement que des femmes du public lui demandent d’arrêter.

Banderilles

Le taureau présente de grosses hémorragies, il veut fuir, tourne en rond, rase le mur. Il ne pourra échapper aux banderilles. La “danseuse ridicule” agite maintenant la muleta. La mise à mort est décidée par le président. L’homme s’empare alors de l’épée. Perché sur le talus, un très jeune enfant interroge sa mère : “Dis, Maman, pourquoi on fait du mal au taureau ? Pourquoi on va le tuer ?” La réponse fuse : “Parce qu’il est méchant !”

Longue agonie

Si un torero confirmé a déjà bien du mal à tuer un taureau du premier coup, pour un amateur, c’est encore plus difficile. La lame entre sans foudroyer l’animal. Il lui faut s’y reprendre à huit fois. Une fois à terre, le taureau bouge encore. Les coups de puntilla, poignard conçu pour l’achever, pleuvent sur le crâne de la bête.

Carcasses

Après la boucherie spectacle commence le spectacle de la boucherie. Traîné hors de l’arène, le cadavre est suspendu à un palan pour être dépecé en plein air. Les viscères sont répandus sur le sol et le sang coule dans la terre, en violation des règles élémentaires d’hygiène. Les chiens mangent les déchets qu’on leur jette. Le camion d’une boucherie voisine emportera les carcasses.

Enfants

Il est midi, tout le monde va se restaurer sous les paillotes. Tout n’est que raffinement et délicatesse : les enfants jouent dans l’arène sur le sable alourdi par les flaques de sang qui sèchent au soleil.

Etranger

Après le café, pendant la digestion, les séances reprennent jusqu’à l’exécution du dernier taureau. La journée champêtre prend fin, le soleil descend dans le ciel, les spectateurs regagnent leurs véhicules. Les immatriculations révèlent que certains sont venus de loin, même de l’étranger. Sous les regards envieux, quelques privilégiés emportent les têtes sanguinolentes dans le coffre de leur voiture.

 

Taureaux privés

Il est déjà peu facile de savoir combien il se tue de taureaux “au grand jour” dans les arènes de France mais il est encore bien plus difficile d’estimer le nombre de ceux qui meurent “ailleurs” : dans des écoles ou des arènes privées ou semi-publiques, pour des combats (d’entraînement ou non) qui ne sont pas toujours annoncés en dehors du milieu assez fermé des aficionados.
Une piste cependant, dans la revue Tendido d’avril/mai 1995, dans un article consacré à Philippe Delapeyre, San Gilen de son nom d’arène, le sous-titre indique : “Notre compatriote assouvit sa passion en travaillant au campo chez le ganadero Granier. En attendant les opportunités, il se paie et tue en privé plus de toros que la plupart de ses confrères n’en verront jamais.” L’intéressé déclare : “ Entre 1993 et 1994, j’ai tué soixante toros en privé.”


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