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Le lâcher de gibier une absurdité qui perdure - Décembre 2004
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Le lâcher de gibier est une pratique d’une rare stupidité. Il vise à livrer à des porteurs de fusils des animaux tout frais sortis de leurs élevages pour qu’ils aient le plaisir de tuer, sans se fatiguer, tout ce qui bouge à leur portée.


Pratique combattue

Cette pratique, admise sans réserve en France, est combattue depuis des années par les associations de protection de la nature. Si dans notre pays le lobby de la chasse est toujours parvenu à obtenir la bénédiction des politiques, il n’en va pas de même à l’étranger. Ainsi, la province canadienne de l’Ontario a interdit, à la fin de l’année 2004, la chasse aux animaux gardés en captivité dans des fermes à gibier.

Non conforme

Pour David Ramsay, ministre des Richesses naturelles, "de nombreux Ontariens ont une opinion prononcée sur la chasse aux animaux gardés en captivité et selon eux, cette pratique n'est pas conforme à notre patrimoine de la chasse. Nous avons entendu leurs préoccupations et avons pris les mesures qui s'imposent". L'interdiction entrera en vigueur le 30 avril 2005. Déjà deux autres provinces, le Manitoba et  la Colombie-Britannique avaient interdit ces lâchers.

6000 producteurs

En France, le gibier d’élevage a encore de bien mauvais jours devant lui. Le syndicat national des producteurs de gibier de chasse (qui d’après lui représente 70 % de la production en France) revendique 5000 élevages de petits gibier, 400 à 500 élevages de cerfs et de 600 à 650 élevages de daims. Ces élevages fourniraient annuellement 14 millions de faisans,  5 millions de perdrix grises et rouges, 1 million de canards colvert,  120000 lièvres et  10000 lapins de garenne. Quant aux cerfs et aux daims, ils sont comptabilisés non pas en nombre d’animaux mais en tonnage de viande (on apprécie le respect dû aux animaux), soit 500 tonnes de viande de cerfs et  170 tonnes de viande de daims. Il va de soi qu’une telle industrie rapporte beaucoup d’argent, environ 1,5 million d’euros de chiffre d’affaire, ce qui lui permet de peser sur une éventuelle décision d’interdiction des lâchers.

Pression sur les politiques

D’ailleurs, ce syndicat revendique de faire pression au niveau politique puisqu’il précise : "Le S.N.P.G.C. défend les intérêts des éleveurs de gibier et des chasseurs en intervenant au plus haut niveau pour informer les responsables des conséquences qu'aurait une fermeture inconsidérée de certaines espèces, ainsi que l'arrêt des lâchers de gibier pendant la période de chasse".

Vision idyllique

Reste un sujet délicat pour ces fournisseurs de viande sur pattes aux chasseurs : le moment des lâchers. En effet, les fédérations de chasse parlent volontiers de repeuplement, pas de lancer de cibles incapables de se défendre. Donc quant au moment de placer les animaux, notamment les oiseaux, "les éleveurs du S.N.P.G.C. préconisent des repeuplement d’été lorsque les conditions sont favorables : territoire étendu, densités faibles de prédateurs, pré volières ou volières anglaises sur le site, disponibilité de volontaires surveillant en permanence les jeunes oiseaux jusqu’à l’ouverture".

Réalité plus contrastée

Cela dans l’idéal, car en pratique il en va bien autrement : "ces conditions étant rarement toutes réunies, le lâcher pendant la chasse reste une méthode efficace permettant d’assurer la finalité de notre passion : une chasse en pleine nature, le travail de nos chiens, un gibier de qualité". Ce qui explique pourquoi on retrouve à cette période tant de faisans qui viennent à la rencontre de promeneurs en espérant un peu de grains de leur part. Toutefois, le S.N.P.G.C. "désapprouve les lâchers pendant les heures de chasse". Ce qui est une manière implicite de reconnaître que ces faits existent, en dépit des dénégations des chasseurs.

"Recherche d’œufs de Pâques"

D’ailleurs les chasseurs réunis au sein de l’association nationale pour une chasse écologiquement responsable dénoncent également le lâcher de gibier dont ils réclament l’abolition pure et simple. Ils y consacrent un long dossier, très documenté, consultable sur http://assoc.wanadoo.fr/ancer/pages/tir.html. Ils n’y vont pas par quatre chemins : "Cet ersatz de chasse s'apparente davantage à la recherche d'œufs de Pâques cachés dans un jardin qu'à un véritable geste cynégétique". Si même des porteurs de fusil le reconnaissent !

Marie Sigaud


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