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Encore 1,4 millions de porteurs de fusils
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La France a le triste privilège de compter le plus grand nombre de chasseurs en Europe. À cela une explication historique, la chasse a été autorisée aux roturiers lors de la Révolution Française. Auparavant, elle était réservée aux nobles, les autres devant se contenter de braconner.

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Loisir

A la chasse de subsistance, s’est au fil du temps substituée une chasse de loisir. Elle concerne encore aujourd’hui près d’1,4 millions de personnes. Un chiffre qui tend à diminuer en raison des nouveaux modes de vie. Les urbains, tout comme les jeunes des campagnes, n’apprécient pas de tenir un fusil.

Lobby

Aujourd’hui il y a 65 espèces d’oiseaux chassables, dont 14 concernent des « oiseaux de passage » et 37 des oiseaux d’eau. Les constants conflits entre le conseil d’Etat et les divers gouvernements pour faire respecter les dates légales d’ouverture de la chasse en France prouvent qu’au niveau du ministère de l’Environnement, qui a le dossier chasse en charge, il est bien difficile de résister au lobby des chasseurs.

Tourterelle

L’exemple le plus emblématique est celui de la tourterelle dans le Médoc, qui est l’objet chaque année d’une campagne de braconnage, le 1er mai, dans une relative impunité. Les protecteurs de l’environnement qui s’y rendent pour défendre les oiseaux migrateurs s’y trouvent confrontés à des chasseurs vociférants, parfois brutaux, qui entendent, quoiqu’il arrive, monter sur leur pylônes pour tirer sur les tourterelles qui défilent en masse au dessus de leur tête.

Nuit

Mais il existe d’autres exemples d’ « extrême - chasse », comme dans la baie de Somme, où là encore, la législation est bafouée, qu’il s’agisse des dates d’ouverture ou de la réglementation sur la chasse de nuit.

Radicalisation

Cette radicalisation d’une partie des chasseurs s’est aussi manifestée à l’occasion des élections avec le CPNT « Chasse, Pêche, Nature et Tradition », qui surfe sur la vague de mécontentement des porteurs de fusil.

Juge et partie

De surcroît, leurs tentatives, parfois couronnées de succès de prendre toujours davantage de poids dans l’Office national de la chasse, montrent que nombre de chasseurs voudraient que leur activité soit leur domaine réservé, où ils seraient tout à la fois juge et partie.

Pas de contrôle d’alcoolémie

Pourtant, ils ne sont guère soumis à des textes contraignants. Un exemple : bien que détenant une arme, ils peuvent parcourir forêts et campagnes sans devoir jamais subir un contrôle d’alcoolémie. On comprend bien qu’un conducteur ivre est un danger public. Mais selon la législation actuelle, un chasseur saoul fait partie du paysage. Pourtant certains projectiles peuvent atteindre une cible jusqu’à 1 kilomètre de portée…

Risques pour les autres

Alors qu’il avait été instauré un jour de « non-chasse » par Dominique Voynet, sous le gouvernement Jospin, Roselyne Bachelot, ministre de l’Ecologie du gouvernement Raffarin s’est empressée d’y mettre fin. Donc, en période de chasse, les personnes autres que les chasseurs sont priées de vider les lieux, à moins qu’elles ne prennent le risque d’être prises pour des sangliers, cette pseudo excuse étant fréquemment avancée pour justifier d’un « accident de chasse ». Aujourd’hui de nombreuses associations se battent pour des mercredi et dimanche sans chasse.

Accidents

Ces accidents de chasse ont fait 31 morts au cours de l’année 2002 (derniers chiffres connus), selon l’office national de la chasse qui a recensé 167 accidents au cours de cette période. En comparaison avec la période 2000-2001, la mortalité a connu un bond préoccupant de 26%, alors même que le nombre d’accidents a décru. 23% des accidents concernent des non chasseurs, fort heureusement, aucun d’entre eux n’a péri en 2002. Les périodes les plus riches en accidents sont les week-ends d’octobre, novembre et décembre.

Lâchers

En outre, certains chasseurs n’apprécient finalement pas tant que cela de devoir patienter pour traquer les animaux. Alors, ils procèdent à des lâchers, notamment de perdrix, qui leur permettent de tirer sans trop se fatiguer. Et pour cause, ces oiseaux, élevés dans des parcs, connaissent bien les hommes, puisque ce se sont eux qui les nourrissent. Résultat, lorsqu’ils voient des chasseurs, ils viennent à leur rencontre. Le ball-trap est plus difficile que ces tirs « gagnants » à tout coup.

Prédateurs

Autre conséquence de la chasse, la disparition des grands prédateurs : loups, ours, lynx sont quasiment rayés de la carte. Il faut que la nature fasse son œuvre, comme pour les loups du Mercantour, ou que des campagnes de réintroduction soient organisées comme avec les ours slovènes dans les Pyrénées, pour que ces animaux retrouvent leur place dans la chaîne alimentaire. Et chacun sait que ces retours sont mal vus par une fraction des chasseurs qui voient en ces animaux des rivaux dans la traque au gibier.


Cartouches


Quant aux cartouches au plomb, qui laissent des traces quasi-indélébiles dans l’environnement en souillant les sols et les eaux, elles devaient être interdites en 2005. Mais Serge Lepeltier a accordé un an de plus aux chasseurs, décalant l’application de cette mesure à juin 2006. Notons que l’arrêté qui préconise cette interdiction date déjà de mars 2002…
Les dommages causés par le plomb ne seront pourtant pas effacés avant longtemps…

Au-delà de ces atteintes à la faune et à l’environnement, la chasse pose un problème plus philosophique : pourquoi ces hommes et ces femmes prennent-ils plaisir à tuer ?

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