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Expérimentation animale: des chiffres!


Chacun sait qu’on peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres, mais il faut quand même les connaître. Talis vous donne des éléments de réflexion sur l’expérimentation animale en France.

Statistiques du ministère de la Recherche

Penchons-nous sur des chiffres "officiels" correspondants aux années : 1984 (4 833 421 "sacrifices"), 1990 (3 645 708), 1993 (2 940 611) et 1997 (2 609 317). Il y a eu une enquête en 1999 dont les résultats seront publiés cet automne et devraient tourner aux alentours de 2 400 000 animaux, ce qui représente environ 50% de réduction sur 15 ans. Pas trop mal, mais largement insuffisant et surtout… incomplet.

Et la réalité ?

Il s’agit de chiffres "officiels" : nous pensons qu’il y a des chiffres réels, plus élevés, pour plusieurs raisons. Le secrétariat d’État à la Recherche confirme – avec honnêteté intellectuelle – que des centaines de milliers d’animaux meurent en plus, sans se trouver comptabilisés. 

Ainsi les euthanasies réalisées "humainement" (entendez par là avec un minimum de souffrances) pour la recherche, chiffre non exigé au niveau européen, ont quand même été dénombrées en 1997 : 325 894! Qu’il faut donc ajouter à 2 609 317 expérimentations, soit environ trois millions de morts officiels au total.

Et ce total est-il "la totalité" ?

À Talis, nous sommes sûrs que non. Les animaux transgéniques sont de plus en plus nombreux, mais c’est sans commune mesure avec ceux sacrifiés dans ce domaine parce que ce sont des "ratés". Parfois moins de 5% sont génétiquement "réussis", et il faut éliminer tous les autres pour lesquels la manipulation n’a pas marché, à tel point que les scientifiques eux-mêmes protestent tellement ils doivent abattre ! Si tous atteignent les poubelles ou le crématoire, beaucoup n’atteignent pas les statistiques. Nous pensons donc que personne ne dispose vraiment des chiffres réels de cette hécatombe.

Des laboratoires qui ne donneraient pas tous les bons chiffres ?

Le secrétariat d’État à la Recherche reconnaît que certains "se trompent", mais n’évoque pas de tricheries. En revanche, il ne parle pas non plus d’un manque dont nous savons la réalité, mais sans pouvoir l’apprécier plus précisément à l’heure actuelle : certains labos ne répondent même pas ! Leurs chiffres ne risquent donc pas de se retrouver dans les statistiques…

Nous en avons la certitude, mais sans pouvoir le prouver pour l’instant. Ainsi on trouve cette phrase doublement instructive dans les commentaires introductifs des statistiques 1990 : " L’étude exhaustive de cette discordance a permis de mettre en évidence que 20 laboratoires importants sur l’ensemble des 665 répondants ont mal compris la façon de remplir le tableau 3. "

Un, cela prouve que les scientifiques ne comprennent pas tout, mais on le savait déjà. Deux, il n’y a que "665 répondants" (dont 115 labos privés et 550 labos publics et parapublics, donnée qui disparaît, hélas!, dans les enquêtes suivantes!) alors qu’en 1991, et sans augmentation brutale de leur nombre, l’État indique l’existence de 1073 laboratoires d’expérimentation animale (voir encadré page 11). Cela représente donc environ 408 labos – presque 40%! – qui ne se donnent pas la peine de répondre au questionnaire ministériel cette année-là.

Dans ces conditions, bonjour la valeur des chiffres ! Pourtant, quand on regarde le nombre à l’unité près (3645708 très précisément!), ça fait sérieux – et c’est fait pour faire sérieux ! Mais c’est de la poudre aux yeux. Ce point astucieusement passé sous silence prouve clairement que les conditions de la confiance ne sont pas remplies (ça vous étonne?), et que nous travaillons – tout comme l’Union européenne à qui on adresse les statistiques! – sur des bases fausses, voire faussées.

À la suite d’appréciations complexes, le chiffre réel actuel semble donc être d’un peu plus de 3500000 animaux périssant chaque année en France à cause de l’expérimentation animale, voire peut-être même 4 millions. Ce qui explique notre évaluation d’un peu plus de 9600 animaux mourant chaque jour. Bien sûr, il faut faire les mêmes calculs pour estimer la réalité passée. Ainsi nous considérons qu’en 1990, le chiffre officiel de 3,6 millions correspondait à un chiffre réel de 5 millions au moins.

Un manque de précisions

Par ailleurs, un entretien téléphonique avec Guy Mahouy, haut fonctionnaire de la recherche, chargé de mission signataire de toutes ces enquêtes et partisan du modèle animal nous l’a confirmé, les chiffres ne disent pas tout.

Combien de vieux tests démodés et douloureux dits "DL50" (dose léthale 50, voir Animaction n°16)? Combien de cruels tests de Draize (où on met des produits chimiques dans les yeux d’animaux conscients et immobilisés) ? Ce n’est pas dit, ou noyé dans la masse.

Et surtout, combien d’animaux transgéniques dans tout ça ? Les responsables ne le savent pas eux-mêmes, en dépit de la spécificité et de l’importance de ce domaine. Ils parlent de modifier les questionnaires pour en avoir bientôt une idée – mieux vaut tard que jamais. Au Royaume-Uni, les chiffres sont disponibles, mais pas en France.

Combien de rongeurs utilisés pour produire des anticorps monoclonaux ? Mystère : nous avançons une estimation de 100 000 annuellement (par comparaison avec des pays étrangers), mais M. Mahouy nous avoue qu’il n’en sait rien. Sont-ils bien pris en compte dans les statistiques puisqu’il s’agit d’une production (très douloureuse) d’anticorps, mais pas d’une expérience à proprement parler ? Ce serait en fait logique, mais le doute plane. Et de nombreuses questions auraient la même réponse, ou plutôt la même absence de réponse… Volontaire ?

Quels animaux ?

Compte tenu des réserves précédentes, la lisibilité est meilleure ici, car l’Union européenne l’exige. Voici les chiffres 1997 : souris, 1787 199 ; rats, 432738 ; cobayes, 102 208 ; hamsters, 19342 ; autres rongeurs , 6 142 ; lapins, 63 627 ; chats, 1990; chiens, 4290 ; furets, 82 ; autres carnivores, 183 ; chevaux, ânes et leurs croisements, 839 ; porcs, 11259 ; caprins (chèvres), 776 ; ovins (moutons), 3541 ; bovins, 1636 ; prosimiens (lémurs), 82 ; cébidés (singes du Nouveau Monde), 88 ; cercopithécidés (singes de l’Ancien Monde, du genre macaque notamment), 2452 ; singes anthropoïdes,0 ; autres mammifères, 67 ; cailles, 1907 ; autres oiseaux, 65 745 ; reptiles, 48; amphibiens, 14403 ; poissons, 88573. D’où le total cité plus haut : 2609317 sacrifices.

Plusieurs remarques s’imposent. L’Administration est toujours heureuse de pouvoir dire qu’environ 90% des animaux utilisés sont des rongeurs – c’est si peu médiatique, les souris ! Par ailleurs : "L’étude comparative entre les résultats de l’enquête menée en 1990 et celle de 1997 fait apparaître les éléments suivants :

– Le nombre total d’animaux utilisés, toutes espèces confondues, a diminué de près de 30% (-28,4%).

– On notera une réduction importante du nombre de chiens (-44,4%) et de chats (-29,1%). Parmi ceux-ci, beaucoup servent dans le cadre de la production et du contrôle de qualité en médecine vétérinaire."

Voilà des animaux médiatiques ! Et c’est pour ça qu’on prend 1990 comme année de référence. Il est plus impressionnant d’annoncer 30% de baisse, qui permet d’occulter une donnée pour les chats : le nombre des "sacrifices" remonte ! En effet, s’il y en a eu 4 535 en 1984 et 2 808 en 1990, il était tombé à 1140 en 1993. La pente était bonne avant ce rebond inquiétant à presque 2000 individus en 1997 – mais quelqu’un qui ne se penche pas en détail sur les chiffres ne voit pas que la tendance s’est inversée pour les pauvres minets.

Les chiens sont passés de 10531 en 1984 à 7221 en 1990, puis à 4965 en 1993, et donc 4290 en 1997. Chiffres officiels auxquels nous ne croyons pas. Nous connaissons ainsi deux labos, parmi les plus gros sans doute, qui feraient plus du quart de ce chiffre à eux deux ! Il s’agit de Pfizer (notamment fabriquant du Viagra) à Amboise (600 chiens par an) et du Centre international de toxicologie près d’Évreux (environ 500 chiens).

Par ailleurs, Talis maintient qu’une large partie des chiens et chats volés en France arrive frauduleusement dans certains labos (publics ou privés) qui ne les déclarent évidemment pas. Surtout parce que ce sont des "animaux médiatiques" : pas de vagues! D’ailleurs, les données ministérielles de provenance méritent un futur article spécifique dans Animaction, sur les trafics.

Quant au fait qu’une partie de ces expérimentations serve à des études vétérinaires, vous connaissez la position de Talis sur ce dernier point : les animaux ne ressentent pas vraiment la différence. De la bouche de M. Mahouy, plus de 50% des chiens et des chats sont sacrifiés par ou pour des firmes vétérinaires.

Public et privé

Environ un laboratoire répondant sur quatre (23% des "répondants" - mais pas forcément de la totalité !) est du domaine privé (dont 63% de sociétés commerciales, 8% d’associations et 29% définis comme "autres"). Un peu plus de trois sur quatre (77%) sont du domaine public et para-public (dont 34% d’universités, 19% d’INSERM, 10% d’INRA (Institut national de la recherche agronomique), 2% du CNEVA (Centre national d’études vétérinaires et agro-alimentaires), 16% de CNRS, 3% de CEA (Commissariat à l’énergie atomique) et 16% d’autres.

Mais il est intéressant de noter l’inversion des chiffres en ce qui concerne les animaux "utilisés" : là, c’est le privé qui arrive largement en tête (1 972 028 – environ les trois quarts!) alors que le public n’utilise "que" 637 289 animaux, en 1997. Donc, le secteur privé a moins d’établissements, mais plus gros ou plus gourmands en cobayes de tous types.

Pour quelles utilisations ?

Les données éclatées ne permettent pas de s’y retrouver facilement – c’est peut-être volontaire. Nous ferons prochainement une analyse.

Conclusion

"Passable ; peut très nettement mieux faire!" Chiffres officiels ou réels, environ moitié moins en quinze ans, c’est bien une pente descendante, mais qui n’est pas encore assez raide. Certes, les données vont globalement dans le bon sens, mais Talis est abolitionniste – pour des raisons éthiques, pour des raisons scientifiques car l’animal n’est pas un bon modèle de laboratoire et les humains finissent par payer la note avec leur santé. C’est pourquoi, en tant que plus importante association antivivisectionniste de France, Talis continuera son action jusqu’à la disparition totale de l’expérimentation animale.

Les progrès de la science – que nous ne rejettons pas en bloc! – vont balayer le déplorable "modèle animal" dans le demi-siècle qui vient. Mais nous pouvons grandement accélérer le mouvement, et donc éviter à des millions d’animaux la souffrance et la mort. Talis vous invite donc à diffuser sa documentation spécifique (quatre tracts différents).

Il ne suffit pas de dire qu’on est contre la vivisection, il faut le prouver par des actes concrets et suivis, et par des campagnes de fond. Merci d’être à nos côtés.

Stéphane Charpentier


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