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avec Zoé


Aller plus loin


Campagne contre le "chiot business"

Stérilisation, solution contre un trop-plein de misère

Chien de combat volés:   démantèlement d'un réseau (automne 2000)

39 chiens adoptés "contre bons soins"... et mangés !
(hiver 2000)

La nouvelle loi du 6 janvier 1999
(printemps 1999)

Pottoks, la souffrance en "primes" (hiver 1998)

 

"Chiots-bussiness" : des révélations !


Si l’on exclut la chaîne City-Zoo (qui elle aussi importe des chiots des pays de l’Est), la campagne de One Voice débute logiquement par le "N°1", une firme qui négocie entre 40000 et 50000 chiots par an, plus un nombre inconnu de chatons. Aucun doute, les animaux de compagnie, c’est vraiment juteux. 

Francis Duprat : Le plus gros négociant de chiens en France !

À Montespan, (sud de la Haute-Garonne), vous passerez sans le remarquer devant chez lui. C’est pourtant un des quatre grands importateurs de chiots en France, et le premier négociant en chiens de l’Hexagone. 
Il vend à de nombreux "supermarchés" d’animaux et animaleries sur tout le territoire ; environ un chiot sur 20 vendu en France est passé entre ses mains!

Une très longue route

Il y a une douzaine d’années, Francis Duprat a commencé par vendre des labrits sur les quais de Toulouse; il utilisait les petites annonces pour acheter et vendre des chiots. Il a désormais de vastes bâtiments, de nombreux ordinateurs et des téléphones qui sonnent beaucoup. En 1999, d’après les douanes, il a importé environ 39000 chiots de trois pays d’Europe de l’Est: Hongrie, Slovaquie et République tchèque. Il en a aussi fait venir de Belgique, d’Irlande et du Royaume-Uni, en quantité moindre. Enfin, il dispose d’éleveurs satellites sur le sol français.

Un total annuel de 40 à 50000 chiens sont donc commercés (lors d’une récente réunion avec d’autres professionnels de la "filière canine", Francis Duprat n’a toutefois parlé que de 15000 chiens par an), mais pas forcément vendus puisque nous estimons qu’en moyenne un chiot sur cinq ne survivrait pas aux rudes conditions de voyage. Bien d’autres peuvent mourir – comme dans toutes les animaleries – mais après avoir été vendus à des clients souvent naïfs.

S’ils sont naïfs, c’est sur l’état de santé des animaux, mais comment pourraient-ils savoir que leur labrador vient d’une ferme située au-delà de Prague, qu’il a été d’abord ramassé avec d’autres jusqu’à un lointain point de rendez-vous, qu’il a fait toute la route en camion jusqu’aux alentours de Saint-Gaudens (presque la frontière espagnole!), qu’il a seulement été vacciné et tatoué là, à Montespan, pour repartir vers un magasin d’Angoulême? Qui imaginerait un tel "chiots-bizness"?

Et c’est pourtant ce qui arrive – du moins à ceux qui survivent! Il est difficile d’estimer la durée totale d’un trajet d’une longueur pouvant atteindre 2500 kilomètres. Pourtant, des textes européens existent, limitant les transports d’animaux vivants à 8 heures. Hélas, ils ne sont déjà pas appliqués pour les animaux de boucherie… Nous examinons les possibilités de plainte judiciaire sur ce point – entre autres…

Les voyages se font dans des petits camions spécialement équipés. Nous publions pour la première fois des photos de ces engins pouvant contenir jusqu’à 200 voire 300 chiots pour le plus gros! Dans le Mercedes blanc, des "racks" métalliques intérieurs peuvent accomoder deux fois quatre rangées superposées de cages plastique où sont mis les chiots.

Sur le toit, l’aération semble suffisante mais nous pensons qu’il y a eu des améliorations suite à des problèmes: une fois, tous les chiots seraient arrivés morts ! Et de nombreux transporteurs ne veulent plus travailler avec M. Duprat : "Trop de cadavres!" En revanche, l’aménagement du camion bleu (ci-contre) ne nous semble pas correct : manque d’aération extérieure et douteux systèmes de trois grosses cages métalliques intérieures également superposées. Dans tous les cas, un entassement qu’il faut imaginer…

D’importantes irrégularités

Par-delà le manque de bien-être lors du transport, d’autres problèmes se posent. Les chiots arrivent généralement le mardi et le jeudi matin. Ces jours-là, dès

8 heures du matin (redépart entre 9h et 11h40), il y a un passage aux douanes de Toulouse-Blagnac, pour payer. Mais les chiens ne sont pas encore tatoués ni vaccinés. Ils ne le seront qu’au centre de transit de Montespan, opération réalisée à la chaîne par un cabinet vétérinaire de Saint-Gaudens, comme des enquêteurs infiltrés au bon moment ont pu le constater.

De plus, n’ayant parfois qu’un mois et demi, ils n’ont pas l’âge requis pour trois raisons: tous les chiens vendus en France doivent avoir 8 semaines au minimum, tous ceux qui sont importés d’un pays extérieur à l’Union européenne doivent avoir trois mois au moins. Et enfin, très dérangeant, ils viennent de pays atteints par la rage, comme toute l’Europe centrale. Or on ne peut administrer le vaccin anti-rabique avant trois mois, et il faut au moins un mois pour que celui-ci soit valide, les chiots devraient donc avoir au moins quatre mois! Mais il n’en est rien car c’est l’âge où il faut déjà brader les chiots invendus.

En effet, les clients, ayant aussi une part de responsabilité dans ce sombre "chiots-bizness", craquent plus pour les minuscules boules de poils! Ce problème rabique est un point capital – à notre connaissance il n’a jamais été exploité pour protéger les animaux – qui va nous amener à œuvrer en justice contre M. Duprat et ses sociétés, mais aussi contre tous les importateurs actuels de chiots : One Voice a commencé à les recenser et ne se concentrera pas seulement sur le n°1 !

Une vie de chiot

À leur arrivée, ils sont sortis des cages du camion à trois ou quatre étages, et mis dans des sortes de "cages de batterie" sur roulettes, sur trois niveaux, rappelant celles des poules pondeuses. Après le stress d’un nouveau voyage, les chiots vendus via les animaleries présentent souvent des problèmes de santé dans quatre domaines –gastro-entérite, parvovirose, parasitisme, toux de chenil –, comme l’indique un vétérinaire qui ne veut plus travailler avec Francis Duprat (pour ne pas avoir à faire des certificats de complaisance…). Mais on fait croire aux clients qu’il y a une garantie efficace et que le véto préconisé (et gratuit au début !) va tout résoudre… Et si le chien est trop malade, il est "remplacé" par un neuf! Mais que devient le précédent? One Voice aurait beaucoup à dire sur ce problème et sur les défauts de sociabilisation envers les humains car ils n’ont guère eu de caresses dans une ferme industrielle au fin fond de la Slovaquie… Par ailleurs, il s’agit de chiots traumatisés, séparés trop tôt de leur mère et qui risquent fort de se retrouver dans des refuges déjà surpeuplés…

À Montespan, il y a aussi des chats, sur lesquels nous avons moins de précisions pour l’instant, mais il s’agirait d’un véritable élevage sur place, pas d’importation. M. Duprat serait même allé aux États-Unis pour acheter ou étudier des bâtiments spéciaux pour les félins, il en produisait déjà une centaine par an voici 7 ou 8 ans.

Ce juteux commerce représente plusieurs dizaines de millions de francs, nous vous en dirons plus bientôt.

Qu’advient-il des chiots non vendus?

Dans certains cas, il pourrait y avoir livraison aux laboratoires, mais nous n’avons aucune certitude. En revanche, nous avons appris les choses suivantes.

Les chiots commencent à être soldés dès trois mois (rappelons pourtant qu’ils ne pourraient être légalement importés qu’à cet âge, sans parler de la rage!) puis sont bradés vers quatre mois. Sauf exceptions, ceux qui ne sont pas vendus à six mois sont tués – bouches désormais inutiles et pas rentables.

Nous pensons savoir que l’euthanasie n’est pas toujours la règle car, même si les vétérinaires viennent fréquemment, ça coûte toujours cher. Dans certains cas, ils seraient simplement étranglés, et une ex- vendeuse d’animalerie des quais de Seine à Paris nous a raconté comment on les descendait à la cave pour les prendre par les pattes arrière et leur fracasser le crâne contre un mur, comme quand ils étaient trop malades : économies!

En tout cas, à l’entreprise Duprat, on les emmène dans des sacs plastique à l’équarrissage de Saint-Gaudens, généralement le lundi matin. Et là, mélangés au reste – comme partout ailleurs –, ils sont transformés en farines animales, en suif pour savonnettes (celles où se trouve la mention chimique "sodium tallowate", tallow est le terme anglais pour suif), en gélatine pour support de pellicules photo, etc.

L’important travail de One Voice va-t-il payer?

Pour One Voice, ce fut une très lourde enquête, répartie sur plusieurs mois. Planques avec jumelles, télescope (pour noter des numéros de plaques minéralogiques à plus d’un demi-kilomètre!) et téléobjectif devant l’entreprise, filatures, surveillances dans des parkings où s’arrêtaient nuitamment les camions, attentes devant les douanes de Blagnac, recherches, rencontres et discussions avec de nombreuses personnes, officielles ou non, détenant un morceau de l’histoire, et plus de 20000 km parcourus en voiture au total! Nous ne pouvons pas encore tout vous révéler, mais nous vous tiendrons évidemment informés des suites.

Il est intéressant de constater que la collaboration des associations fut fructueuse car de nombreux protecteurs locaux étaient au courant du dossier depuis plusieurs années, mais sans parvenir à faire bouger les choses. Nos remerciements à celles et ceux qui se sont investis pour une victoire que nous espérons proche – AIPAN, APPA, … et surtout à VVAC.

Ne nous en veuillez pas mais, au moment de mettre sous presse, nous ne pouvons pas vous en dire plus sur cette affaire et nous vous demandons – c’est rare! – de ne pas bouger contre M. Duprat : notre investigation continue et nous vous réservons de bonnes surprises. Patience…

D’ici là, nous vous rappelons que le tract "Ne l’achetez pas, adoptez-le" est toujours à votre disposition.

Stéphane Charpentier

La Maison de l’Éleveur !

À Toulouse, Francis Duprat vend à des animaleries commerciales, mais aussi directement aux particuliers grâce à la boutique familiale, à l’enseigne "La Maison de l’Éleveur". Là ou dans d’autres magasins similaires, qui s’imaginerait que les animaux proviennent de centaines d’éleveurs, parfois situés à des milliers de kilomètres? Quand des clients demandent à voir la mère, on leur répond qu’elle n’est pas visible car elle se repose dans un centre spécialisé! Alors qu’on fait tout pour qu’elle mette bas dès que possible sa portée suivante dans une ferme minable au-delà de Budapest! Ah, si les gens connaissaient la réalité… Nous aiderez-vous à la leur faire découvrir?

Manon: histoire d’une rescapée

Après le briquet et le stylo jetables, pourquoi pas le chien ? Cette belle boxer bringée aux mamelles pendantes est encore jeune – 3 ans – mais elle a failli être euthanasiée. En effet, ses chiots mouraient à la naissance (peut-être une tare génétique); elle présentait donc pour seul intérêt d’aider à l’allaitement des chiots d’autres femelles. Mais dans ce milieu où on ne fait pas de sentiment. Si une femelle ne "produit" pas, ou pas correctement, la première année, on lui laisse une deuxième chance. Mais elle est presque toujours euthanasiée à deux ans si elle ne fait pas mieux l’année suivante. Étant très belle, Manon a eu une troisième et dernière "chance"… Puis elle a eu "la" chance de se faire racheter par des protecteurs. Quant aux chiennes "qui produisent comme il faut", elles sont quand même tuées, vers 5 ou 6 ans, quand les portées baissent en quantité et en qualité. Rentabilité avant tout !

Manon était chez Mme Viau, une "éleveuse-satellite" de Francis Duprat.

Le gros négociant vend un mâle reproducteur et place 2 ou 4 femelles chez un sous-traitant de la région, lequel lui produit des chiots car les importations ne suffisent pas.

Les chiots sont rachetés à bas prix, revendus aux gogos avec large bénéfice, et tout le monde y gagne – sauf l’animal et souvent le gogo s’il y a trop

de problèmes de santé. Femme d’un ex-éleveur maintenant maître-chien, Mme Viau fait aussi du rottweiler pour arrondir ses fins de mois. Mais Manon ne rapportait plus rien, la nourrir ne présentait donc plus d’intérêt.

La piqûre prévue n’a pas eu lieu grâce à l’efficacité d’une association locale, l’APPA, Association Pyrénées protection animale. Bravo et merci à sa présidente Deanna Martin et à son équipe. Avec le soutien financier de One Voice, elle a acheté Manon, l’a soignée et placée dans une excellente famille. Manon est encore craintive, n’ayant pas connu les caresses, mais nous sommes confiants sur sa réhabilitation.

 

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