page d'accueil | page précédente

Pottoks : la souffrance en "primes"


Nous sommes en automne, dans quelques massifs de moyenne altitude du Pays basque français, à une demi-heure au plus de Biarritz, le temps est superbe – du moins ce soir car il change vite en montagne. Mais dans un paysage presque idyllique, l’horreur est là: des chevaux maigres et aux oreilles coupées portent, à une de leurs jambes des sortes de carcans, attachés entre le sabot et le boulet! Une jument en a même deux, à chaque membre antérieur. Pourquoi ces atrocités ? Comment les faire cesser? Prévenus par des touristes choqués, One Voice a tenu à vérifier, puis à répondre à ces questions. Mais –surprise!– notre enquête a révélé bien d’autres faits déplorables…

De faux vrais pottoks !

La Poste vient d’imprimer quatre timbres représentant des chevaux, l’un d’eux est un pottok (à prononcer potiok) : 3 francs. Et bien non ! C’est un beau poney de trait, bai clair, mais pas un authentique pottok. Celui-là est généralement bai brun ou noir, et il ne doit pas être croisé avec un pur sang, un cheval de trait, ou un poney.

Quelle importance ? demanderez-vous. Le vrai pottok, après quelques millénaires d’adaptation, sait faire tant bien que mal face à la montagne et ses problèmes : vent, pluie, froid et neigeen hiver, tiques et mouches plates à profusion en été. Nous ne dirons pas qu’il n’en souffre jamais mais, grâce à ses poils plus fournis et à sa morphologie particulière pour les pentes, il en souffre nettement moins que ses cousins des plaines.

Bien sûr, ceux-ci sont partiellement adaptés, mais à autre chose : la monte pour un croisement avec des chevaux de selle et la boucherie pour un croisement avec des races lourdes. La race des maquignons, elle, se rencontre hélas un peu partout !

Pourquoi adapter un cheval à l’acheteur plutôt qu’au milieu ? Pour de l’argent bien sûr. Il se vend mieux, surtout si c’est au poids. Et il rapporte des sous de Bruxelles – lesquels sont sortis tout droit des poches des contribuables. Par reproducteur (mâle ou femelle) et par an, 1000francs – "pour sauver la race". On pourrait croire que la subvention n’est donnée que pour les vrais pottoks et non pour des hybrides issus de croisements divers. Erreur !

Du côté français, 2500 ou 3000 chevaux vivent en montagne au Pays basque. Parmi eux, il n’y a guère plus de 200 pottoks authentiques et environ 300 en Espagne – et c’est tout pour la planète! Sans doute pour maintenir l’élevage en moyenne montagne, la manne communautaire est répandue comme si on était en Corse. Sauf que les vaches virtuelles sont remplacées par des poneys croisés qui souffrent beaucoup de se retrouver là.

L’encoche à l’oreille

Et – pottoks ou pas – pour souffrir, ils souffrent ! Afin de différencier les troupeaux qui déambulent librement dans les montagnes et peuvent se mélanger, on coupe ou découpe les oreilles avec des entailles de formes diverses. Avec un couteau ou des ciseaux, à vif bien sûr – ne soyez pas naïfs! Ils seraient marqués au fer rouge (c’est parfois le cas en prime), on ne les anesthésierait pas non plus ! Rappelons toutefois que les oreilles d’un cheval sont particulièrement sensibles. Et pourtant il suffirait d’interdire cette pratique, les éleveurs pourraient s’équiper en puces électroniques et systèmes de lecture. Pour éviter cette atrocité d’un autre âge, il suffirait d’un peu de bonne volonté et d’une dizaine d’appareils à 4000 francs pièce.

Le carcan au pied

Le boulet du forçat a disparu. Ces chevaux sont innocents - seulement coupables de trop s’approcher des routes quand ils descendent vers la plaine, plus clémente en automne et en hiver, et plus riche en nourriture. Les massifs ne sont pas tous clôturés, ce sera bientôt le cas. Le gros problème, ce sont les petites routes, pas toujours munies de passages canadiens (voir photo page 10) et débouchant sur de plus grands axes de circulation.

Là aussi, comme " solution ", on a trouvé une technique locale également primitive et barbare : il s’agit d’une grosse pièce de bois qui fait office d’entrave en enserrant une jambe, juste au dessus du pied. Elle est utilisée depuis des siècles pour que les chevaux restent à peu près au même endroit et soient faciles à repérer. Les pottoks avancent donc comme ils peuvent, trébuchant fréquemment quand le bout de bois, décentré et donc déséquilibré, pivote et se plante en terre. Ou alors il revient cogner contre l’autre jambe - j’en ai encore le bruit du choc dans les oreilles…

Certains modèles sont relativement petits, d’autres plus longs et plus épais sont très lourds, le poil de la cheville est rapidement usé et la peau à vif. Parfois le sang coule ; de réelles blessures qui ne sont pas soignées non plus.

Sur l’herbe, ce n’est pas pratique, mais dans les buissons bas ou parmi les cailloux, c’est bien pire. Certains "éleveurs" ne les posent que quelques semaines par an, d’autres les laissent douze mois de suite – par exemple les trois éleveurs contre lesquels One Voice porte plainte – trois… pour l’instant.

Des pieds déformés et non parés

Avec l’entrave, au lieu de faire 4 à 6 km par jour, l’animal ne parcourt plus que 200 à 400 mètres au maximum. Résultat : le sabot (qui continue à pousser constamment comme les ongles) ne s’use plus comme il faut et peut même croître démesurément - le bout pouvant même décoller du sol en se recourbant "en babouche". C’est un peu comme si, au lieu de poser la main sur une table, vous ne pouviez appuyer que le poignet. Il en résulte une déformation de l’ossature du pied : estropié à vie, l’animal ne pourra plus jamais marcher normalement.

Même quand l’entrave est retirée, les sabots trop longs ne permettent plus de galoper, voire de trotter. J’ai vu une jument d’une vingtaine années (photo ci-dessus) qui ne pouvait sans doute plus courir depuis l’âge de deux ans ! Et, pour l’éleveur, faire venir un maréchal-ferrand coûterait trop cher…

La faim en prime

Sur les photos, vous verrez des chevaux à gros ventres, pouvant laisser penser à un œil non averti que ces animaux mangent à leur faim la bonne herbe de la montagne. C’est trompeur, comme certains "gros ventres" de petits enfants du tiers-monde souffrant de mal-nutrition et/ou de sous-nutrition. En fait, l’herbe est peu nutritive, souvent très rase dans des lieux très paturés, il faut bouger beaucoup pour s’en remplir le ventre.

Et ça ne suffit pas toujours. Rares sont les animaux aux muscles fermes et rebondis, au beau poil luisant. Il y a parfois des compléments de foin fournis par les bons éleveurs, mais c’est exceptionnel. Et qu’importe pour d’autres qui n’ont pas l’intention de les vendre à la boucherie tout de suite : la subvention annuelle est la même, que la bête soit maigre ou pas. Alors où est le problème?

L’absence de soins

Rien de très original : c’est tellement mieux quand les animaux se débrouillent tout seuls, sans rien demander. Nous pensons à un éleveur auquel les 43 reproducteurs (non compris les poulains) rapportent 43000 francs par an alors qu’il n’a rien à faire. Parfois, certains répandent un insecticide adapté ou donnent des vermifuges, mais vont rarement plus loin : presque jamais de frais de vétérinaires.

Stéphane Charpentier


CE QUE VOUS POUVEZ FAIRE

Dans ce dossier, il existe encore bien d’autres problèmes que nous aborderons dans le prochain article. Évidemment, One Voice défend tous les chevaux, qu’ils soient ou non des pottoks authentiques, et nous avons besoin de vous pour balayer ces scandales.

One Voice lance une pétition nationale pour demander trois choses à des personnes différentes (le temps venu, nous dupliquerons les feuilles de signatures récoltées pour chaque destinataire).

Plus jamais d’entraves : si nos plaintes en justice ne suffisaient pas, nous sommes en train de mettre en place d’autres moyens de pression sur les éleveurs qui les utilisent, via diverses instances locales. De plus, nous étudions les possibilités de poses de passages canadiens qui rendent les entraves inutiles puisque les chevaux ne peuvent plus descendre sur les grandes routes, mais il en faut une trentaine à 12000 francs pièces, soit 360000 francs. L’Europe a dépensé 3 millions de francs pour les pottoks. Nous sommes aussi allés à Bruxelles pour demander le financement de passages canadiens.

Plus jamais de coupes d’oreilles : même remarque globale que plus haut, pour cela il suffit d’installer des lecteurs de puces électroniques : 40 000 francs au total.

Plus jamais de subventions pour des poneys croisés, qui ne peuvent supporter la montagne. Notre but est de faire baisser le nombre des animaux élevés, surtout ceux qui n’ont rien à faire en altitude. Là, One Voice va négocier avec les Haras Nationaux et surtout avec la Direction générale de l’Agriculture à Bruxelles. La Commission européenne risque de ne pas apprécier que nous portions sur la place publique un nouveau gâchis financier favorisant des souffrances animales !

Pour nous, à One Voice, cette campagne compte énormément. Dans les Pyrénées, des chevaux souffrent depuis des décennies sans que jamais rien n’ait été entrepris pour mettre un terme à leur exploitation. Nous remercions donc tous ceux qui ont permis à One Voice d’exister, de grandir et de pouvoir ainsi mener à bien les investigations dans de bonnes conditions afin de lutter efficacement contre ces cruautés.

En collaboration avec d’autres associations en Europe, nous poursuivrons ce combat jusqu’à la victoire, c’est pourquoi nous vous demandons de faire largement circuler la pétition et le petit tract noir et blanc.

Ceux qui le souhaitent peuvent également adresser un don de soutien en faveur de cette campagne qui est loin d’être terminée. Il suffit d’inscrire " campagne pottoks " au dos du chèque. Chaque don donne droit à un reçu fiscal.

 


page d'accueil | page précédente