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Ne vous laissez pas piéger par les fourrures d'élevage


Fourrure rime toujours avec torture ! Peut-être parce que trappage rime avec élevage…

Ces dernières années, beaucoup de gens ont commencé à réaliser l’horreur de la fourrure. Mais de façon bien imparfaite et limitée, car cette horreur s’est concentrée sur l’image du piège à mâchoires, broyant une patte dans un paysage de neige. Cette image est toujours vraie, hélas. Pourtant, c’est l’arbre de souffrance qui cache la forêt de cruautés. C’est pourquoi One Voice ne vous parlera pas ici du trappage, mais soyez conscients du fait que nous pourrions remplir des pages avec les atrocités découlant du "prélèvement en nature de quelques individus sauvages", comme certains veulent qualifier la mort ignoble de plus de dix millions de malheureux.

Nous avons par contre l’intention de vous expliquer en quoi l’élevage d’animaux à fourrure est particulièrement répréhensible, car vous devez être informés pour faire passer le message : il n’y a pas de fourrure obtenue humainement. C’est pourtant ce que veulent faire croire les fourreurs en mettant en avant les élevages par rapport au trappage. Dans le magazine ELLE, on disait récemment que la fourrure revient en force car l’élevage, c’est bien. Et comme les gens mangent des animaux d’élevage, ils ne devraient pas s’insurger ! Voilà donc des renseignements sur la façon d’obtenir 28 millions de peaux sanglantes.

Quels sont les animaux à fourrure concernés par l’élevage ?

En tout premier lieu, les visons (22615000 en 1994), puis les renards polaires (3159000 en 1994), mais aussi, en plus petit nombre, les castors, les chinchillas, les lynx, les zibelines, les loups, les lapins, les coyotes, les ratons-laveurs et les putois ainsi que quelques autres moins connus (gloutons,…). Rappelons que toutes ces espèces sont également trappées. Et celles qui ne sont pas mentionnées ici, par exemple oppossum, sont plus vraisemblablement prises au piège.

Quels sont les principaux pays producteurs ?

Voici les chiffres de l’élevage pour 1994. Pour les visons, le Danemark (9,6 millions), les USA (2,6 millions), la Hollande (1,9 million), la Finlande (1,8 million) et la Russie (1,5 million). Pour les renards, la Finlande (1,9 million), la Norvège (440000), la Pologne (380000), le Danemark (67000), le Canada (60000).

Pour ceux qui s’étonneraient de ne pas trouver la France dans cette liste, il faut préciser que ce sont surtout des pays à climat froid qui sont concernés. Mais la France "produit" aussi des animaux à fourrure. Nous vous invitons à regarder tout simplement les pages jaunes ou le minitel à la rubrique élevage d’animaux à fourrure !

À quoi ressemblent les fermes et les cages ?

Des rangées parallèles de cages sur pilotis. Au minimum une cinquantaine, parfois plusieurs milliers. Du grillage sur les six côtés, notamment sous les pattes pour isoler du sol mais laisser passer les excréments au travers et ne pas risquer de salir la belle fourrure du condamné à mort.

Sur cette prison, un genre de toit est censé protéger des intempéries. Ces auvents ne sont pas toujours efficaces contre le soleil, la pluie et la neige, et presque jamais contre le vent, car ils sont souvent à plusieurs dizaines de centimètres voire un mètre au-dessus du cube de fil de fer, ce qui permet de mieux voir ce qui se passe, mais aussi de jeter la nourriture sur le grillage du haut : pas besoin d’ouvrir la porte et les animaux se débrouillent toujours pour la récupérer en la faisant passer au travers !

À quoi ressemble la vie d’un animal d’élevage ?

À quelques mois de cage, au lieu d’une espérance de vie sauvage d’une dizaine d’années. Les jeunes ouvrent les yeux vers un mois pour découvrir l’atroce monde exigu et grillagé qui les entoure jusqu’à la mort, 7 à 9 mois plus tard. C’est monotone d’un bout à l’autre. Mortellement ennuyeux.

En quoi consiste l’élevage d’animaux à fourrure ?

Il existe de nombreux points communs d’un élevage à l’autre. En matière de soins, il est de l’intérêt financier de chaque éleveur de "produire" des animaux en "bon état", mais leur bien-être et leur santé dépendent du professionnalisme et de l’énergie de chacun d’entre eux, et là de nettes différences apparaissent. Il est aisé de comprendre en quoi cela a beaucoup d’importance si nous considérons les points suivants:

– N’importe qui peut se lancer dans cette forme d’élevage sans niveau minimum préalable.

– Il n’existe (sauf, dans certains pays, pour protéger l’environnement) aucune limite légale au nombre d’animaux que l’on désire élever, et aucun rapport au nombre par personne censée "en prendre soin" : un fermier seul peut décider d’en avoir des centaines ou des milliers.

– L’élevage d’animaux "de ferme" est largement contestable, surtout quand il est industriel, mais il s’agit d’espèces qui ont été domestiquées depuis bien longtemps, parfois 12000 ans. Au contraire, renards et visons ne sont détenus en élevage que depuis environ un siècle, ce qui fait qu’ils sont encore moins adaptés à cette odieuse forme d’exploitation. Leurs besoins sont à l’opposé d’une cage étroite. Les visons sont des animaux solitaires, parcourant un vaste espace où rien ne les oblige au contact de leurs congénères, sauf pendant la période d’accouplement. Dans un élevage, l’envie d’un territoire est contrecarrée par des centaines ou des milliers d’autres visons proches, parfois même un, deux ou trois autres dans la même cage. C’est une forme de torture subtile mais bien réelle. Les renards aussi, surtout les renards polaires, ont besoin de grandes étendues, et ceci ajoute encore à l’horreur de leur captivité.

– Ces espèces non domestiquées souffrent considérablement des manipulations humaines, particulièrement stressantes avec l’utilisation de pinces ou de gros gants pour éviter les morsures.

– Élever ces animaux au sol est considéré comme impossible par les fermiers spécialisés, pour des "raisons" dictées par la seule logique du profit. Dans un enclos, ils creuseraient des trous sous le grillage pour s’échapper. Leur pelage risquerait de se salir. Et comment les récupérer aisément quand vient le moment de les tuer ? Pour ces raisons, et aussi parce qu’elle fait gagner en place et en nourriture (les animaux ne faisant guère d’exercice mangent moins !), la cage est donc "la bonne réponse" à leurs préoccupations. C’est la pire des solutions pour l’animal sauvage, surtout à cause de son "sol" de grillage qui finit par blesser les pattes et couper les coussinets.

– Les animaux devraient être nourris quotidiennement, mais il n’y a pas toujours le temps de veiller à l’état de santé de chacun : il faut savoir qu’en Scandinavie, le fermier n’habite bien souvent même pas aux abords de son élevage.

Quels sont les problèmes liés au climat ?

– En saison froide (laquelle commence dès l’automne en Finlande), on devrait donner de la nourriture et de l’eau aux animaux plusieurs fois par jour. C’est loin d’être le cas. Dans certaines fermes, il existe un système automatique pour abreuver les animaux, mais il gèle fréquemment en hiver, raison pour laquelle certains préfèrent s’en passer : l’eau n’est donc pas toujours disponible dans un cas ou dans l’autre.

– Et elle ne l’est jamais suffisamment pour les visons qui ont absolument besoin de se baigner, étant grandement aquatiques et passant naturellement 60 à 70% de leur temps dans l’eau. Sinon, ne pouvant se rafraîchir, ils salivent, respirent davantage et leur température corporelle augmente. Certains ont appris à se "doucher" en pressant sur les pointeaux des systèmes automatiques d’abreuvement, quand ils en étaient équipés, mais on connaît des fermiers qui les ont modifiés pour ne permettre que la boisson : ils voulaient faire aussi des économies sur l’eau !

C’est souvent la chaleur estivale qui pose le plus de problèmes aux animaux à fourrure. En 1987 par exemple, les éleveurs américains ont déclaré la perte par coups de chaleur de 450 000 visons! On considère qu’un animal élevé dans ces conditions a besoin de dix fois plus d’eau en été qu’en hiver, notamment les femelles allaitantes.

– Dans certains pays comme la Finlande, les hivers peuvent être très rudes (-35° voire -40°C contre 30° en été!) et cela pose problème aux animaux, même ceux adaptés au froid comme le renard polaire. Ils doivent rester constamment dehors dans une cage ouverte à tous les vents, tandis que la température intérieure d’un terrier varie peu (aux alentours de 0°C tout au long de l’année). Les putois et les chiens viverrins sont très sensibles au froid, et les pattes de ces derniers peuvent même geler, surtout sur un grillage glacé.

Que mangent-ils ?

– Si l’on en croit les éleveurs eux-mêmes, la nourriture représente la moitié du coût de revient d’une fourrure, et il faut donc faire des économies. C’est pourquoi, "logiquement", les carcasses des autres animaux à fourrure précédemment tués sont mangées par les suivants.

– On leur donne par ailleurs des sous-produits de viande et de poisson de si mauvaise qualité qu’ils ne peuvent même pas servir à la nourriture des animaux domestiques.

– Cette nourriture peu appétente, à peu près toujours identique, ne convient pas aux animaux, mais ils ne sont là que pour survivre quelques mois, alors… Il arrive qu’elle soit tellement infecte qu’ils la laissent en partie, ce qui l’amène à se gâter dès qu’il fait chaud. On jette la viande fraîche sur les rebuts accumulés sur le sommet de la cage , les animaux devant se débrouiller pour la tirer à l’intérieur au travers du grillage. Ou il en reste des jours précédents dans les bacs de préparation, et on mélange le tout avec une nourriture "plus fraîche". De 50 à 90% des maladies habituelles des animaux à fourrure peuvent être d’origine bactérienne.

Quel peut être leur état de santé à part cela ?

Il est normalement dans l’intérêt du fermier d’avoir des animaux aussi sains que possible, ce qui permet d’avoir moins de pertes et de plus belles peaux. Mais cette théorie ne correspond pas toujours à la pratique. Ce qui explique les choses suivantes :

– Les captifs souffrent souvent de nombreux parasites : puces, poux, tiques et acariens divers, ainsi que des mouches attirées par les monceaux d’excréments qui s’accumulent sous les cages, parfois pendant des mois !

– Ils attrapent donc de nombreuses maladies, souvent contagieuses, dans ces déplorables conditions d’hygiène.

– L’insémination artificielle est fréquemment à l’origine d’infections de l’utérus. Par exemple, en 1991, dans certaines fermes finlandaises, la mortalité des renardes inséminées a pu atteindre 30 à 50% !

– Il faut noter la cruauté qui consiste souvent à faire "tenir" jusqu’à la date normale d’abattage un animal blessé ou malade si sa fourrure est de grand prix. Pourquoi le sacrifier ou le soigner - perte d’argent dans les deux cas - pour une patte cassée, par exemple, s’il peut aller jusqu’à la date fatidique prévue ? Et les contrôles vétérinaires sont rares voire inexistants dans certains pays : aucun risque de se faire pincer.

Comment les animaux à fourrure sont-ils tués ?

Après tant d’horreurs, la mort peut sembler une délivrance, et pourtant… Elle est fondée sur un seul impératif, tuer l’animal au moindre prix sans abîmer sa peau. Voici quelques méthodes de trépas pour animaux à fourrure :

– On peut entasser jusqu’à une vingtaine de petits mammifères dans une boîte où ils sont asphyxiés avec les gaz d’échappement venant du tracteur via un tuyau. Cette technique n’est pas toujours mortelle à 100 %, et il arrive qu’un animal "se réveille" pendant qu’on lui arrache sa peau.

– Les plus gros animaux comme les renards ont souvent des électrodes attachées à leur corps pour les électrocuter, ce qui est très douloureux et parfois long car le voltage n’est pas toujours assez fort pour les tuer immédiatement. La plupart du temps, une grosse pince se referme sur les babines pendant qu’une tige est enfoncée dans l’anus.

– Il existe aussi l’empoisonnement par la strychnine, poison qui n’est pas interdit partout : il cause des crampes extrêmement douloureuses car il paralyse progressivement les muscles, ce qui entraîne une suffocation quand les muscles respiratoires sont atteints. Par économie, on met souvent la dose minimum, ce qui prolonge la terrible phase de tétanie préalable.

– En matière de poison, on se sert en fait de tout et de n’importe quoi, surtout si c’est facilement disponible dans le commerce, par exemple de désherbants. Tant pis si l’agonie est un peu plus longue !

– Le dithyllinium, poison curarisant, se contente de paralyser les renards mais ne les tue pas : ils ressentent la douleur quand on les dépiaute ! Interdit en Finlande, ce produit bon marché est largement utilisé en Russie car arracher la peau d’un animal encore chaud est plus facile…

– Selon l’humeur locale - pas la loi ? - on peut aussi leur rompre les vertèbres cervicales, les gazer avec des produits chimiques à base de cyanure ou les mettre dans une chambre à décompression. C’est le mortel équivalent du caisson hyperbare des plongeurs qui sont remontés trop vite des profondeurs.

Que fait-on de leurs fourrures ?

Une chose est particulièrement importante : dans le cas des renards, 90 % des peaux sont utilisées pour faire des garnitures. Oui, vous avez bien lu, les renards meurent presque tous pour obtenir des "ornements" aux manches, au col ou pour souligner un dessin. Même pas pour avoir chaud – et vous savez ce que nous pensons de cet "argument" – mais simplement pour "faire joli". Pour des petits pompons soyeux... Le prix de 2700 000 vies.

Voici le vicieux calcul des fourreurs et professionnels de la filière : "La fourrure n’a plus la cote, et les femmes hésitent à porter tout un manteau. Alors on va faire dans la discrétion, et en mettre des petits bouts un peu partout sur des vêtements "normaux". Ce qui permettra, d’une part, de garder la fourrure à la mode, d’autre part, de sauvegarder nos bénéfices et l’existence de certains élevages qui se cassent la figure. Les gens croiront porter des chutes provenant de peaux qui servent à de la "vraie" fourrure et culpabiliseront moins !" Et c’est ce qui s’est passé, hélas : les consommatrices ne se sont pas méfiées. Et pour les visons aussi, à hauteur de 10%, ce qui représente la bagatelle de 2300000 animaux. Soit un total annuel de cinq millions d’existences engrillagées de la naissance à la mort. Pour ça!

N’hésitez pas à informer celles qui portent ne serait-ce que dix ou vingt centimètres carrés de dépouilles sanglantes sur leur dos. Sans les agresser car certaines, en toute bonne foi à cause de cette ruse des fourreurs, ne pensent porter que de la fausse fourrure ! Et pourtant, sans elles, les élevages de renards seraient tous proches de la disparition. Les petits ruisseaux d’indifférence ou de méconnaissance font les grandes rivières de souffrance. Si chacun d’entre nous devient un petit ruisseau d’information et de compassion, un puissant fleuve emportera bientôt tous ces tortionnaires. One Voice fait de son mieux pour vous fournir les outils nécessaires, mais, si vous ne les utilisez pas, les fourreurs ont encore de beaux hivers devant eux. n

Il n’y a donc que trois choix : faire mourir dans la souffrance – par le piège ; faire subsister dans l’horreur – par l’élevage ; vivre sans causer de cruautés – sans fourrure. Merci de tout faire pour que ce message parvienne au plus grand nombre. Même si vous ne portez pas ou plus de fourrure, vous avez encore une partie de la solution entre vos mains. Pour eux, avec nos tracts, cartes et "questionnaires-sondages", agissez.



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