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Vache folle : Danger en Grande-Bretagne mais pas en France ?


L’embargo sur la viande bovine britannique est prétendument maintenu pour protéger la santé publique. Le nombre de cas français d’ESB* n’a jamais été aussi élevé que cette année. Après avoir entendu répéter les autorités que le risque était "derrière nous", il ne nous reste qu’à attendre l’application des tests de dépistage pour reconnaître l’étendue réelle de la maladie en France.

Le Premier ministre Lionel Jospin l’a rappelé aux Britanniques : c’est pour éviter un éventuel drame de santé publique dû à l’ESB que la France a refusé de lever l’embargo imposé à la viande bovine britannique depuis plus de trois ans. Notre pays reste en effet marqué par le scandale du sang contaminé. On peut imaginer que d’autres éléments que la protection de la santé publique pèsent dans le refus de lever l’embargo, par exemple l’assurance pour le gouvernement d’une certaine tranquillité des éleveurs bovins français, momentanément à l’abri de la concurrence de la viande britannique. Parce que s’il s’agissait réellement de protéger les consommateurs, que penser de la discrétion avec laquelle sont annoncés les cas français d’ESB ? 1999 en a enregistré un nombre record, sans compter bien sûr ceux qui ne sont pas déclarés. Un éleveur de l’est de la France a notamment été condamné pour avoir tué lui-même une vache suspecte, empêchant ainsi toute analyse.

Un cas sur deux non déclaré

Bien sûr, le reste du troupeau a été abattu puis commercialisé… Un cas d’ESB sur deux ne serait pas déclaré au Royaume-Uni d’après les Britanniques. Gérard Pascal, le président (français) du Comité scientifique directeur européen, a expliqué en décembre que le risque sanitaire que constitue l’ESB n’est pas mieux maîtrisé dans l’Union européenne qu’au Royaume-Uni : c’est pourquoi les experts européens ont repoussé les arguments de la France, désireuse de maintenir l’embargo, et non parce qu’ils estimaient que les Britanniques avaient correctement géré ce problème.

La mise au point de tests de dépistage de l’ESB vise à détecter les bovins en incubation, susceptibles de transmettre la maladie et qui entrent dans la chaîne alimentaire en nombre totalement inconnu. La Suisse, deuxième pays touché par l’ESB derrière la Grande-Bretagne, a utilisé un de ces tests sur des bovins morts, abattus en urgence ou pris au hasard en abattoir. Les résultats sont impressionnants.

Il faudra bien affronter les chiffres réels

22 cas** ont ainsi été recensés sur environ 13000 animaux testés non suspects d’ESB, qui s’ajoutent aux 19 cas dépistés par la procédure classique s’appliquant aux bovins qui montraient des symptômes évoquant l’ESB. Sachant que le test suisse est moins sensible que le test français, pas encore commercialisé, on imagine le cruel dilemme auquel la France va être exposée : vanter les mérites d’un test national performant, pouvant être utilisé pour connaître l’extension de l’ESB, et affronter les chiffres réels de la maladie sur son propre territoire.

Le gouvernement devra alors choisir la crise la moins difficile à gérer : la colère des consommateurs ou celle des éleveurs. Qui sont les plus nombreux ? Qui sont les plus violents ? Il sera peut-être un jour temps de remettre en question certaines attitudes. Les animaux ne sont pas des machines. Détruire puis jeter un troupeau dans lequel s’est déclaré un cas d’ESB : quelle belle gestion de la santé animale, quel beau métier que celui d’éleveur !

Dr Claude Chapuis, vétérinaire

* encéphalopathie spongiforme bovine ou maladie de la vache folle
** chiffres donnés début novembre 1999, la Suisse comptant 1,7 million de bovins.

Déjà 51 personnes touchées par la nouvelle forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. En décembre 1999, 49 personnes étaient déjà mortes du nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (NMCJ) probablement lié à l’ESB (46 au Royaume-Uni et en France). Un 52e cas probable attend d’être confirmé. Ce qui retient l’attention des épidémiologistes, malgré les nombreuses inconnues qui caractérisent cette nouvelle maladie (en particulier sur sa durée d’incubation), c’est que le nombre de personnes atteintes au Royaume-Uni a doublé en un an. C’est inquiétant. Les spécialistes s’accordent à dire qu’il est encore impossible de prévoir l’étendue de l’épidémie.



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