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Document publié le 14 octobre 2002

Une prison pour dauphins (hiver 1997)

A Port-Saint-Père, à 25 km de Nantes sous l’estuaire de la Loire, le zoo Safari Africain prévoit d’étendre son champ d’activités aux dauphins avec la construction du plus grand delphinarium d’Europe. Dany Laurent, son propriétaire, est à l’initiative de ce projet tout aussi fantasque que celui de Cantin, dans le Nord, auquel les associations françaises et internationales ont réussi à mettre un terme l’année dernière. L’enquête publique est terminée depuis le 30 octobre. À présent, c’est au préfet qu’il appartient de délivrer ou non l’autorisation au zoo de construire ses cinq bassins. Coût de l’opération : 12 millions de francs.

Les quatre premiers dauphins acheminés de Ténérife proviennent des eaux américaines et n’en seront qu’à leur sixième lieu de détention ! Ouverture prévue pour le 1er Mai 1998. Ce jour de bonheur ne le sera pas pour tout le monde, à commencer pour les dauphins clowns une fois de plus asservis, au prix de leur vie, à la cupidité et à l’ignorance humaine.

À l’heure où de nombreux pays développent des programmes de protection de la nature et d’éducation des jeunes sur le terrain, la France s’obstine à avancer à contre-courant et le laisser-faire général menace une fois de plus de cautionner l’enfreinte des règles d’éthique.

On compte dans le monde environ 3000 dauphins captifs. Ces dernières années, la delphinothérapie et les swim programs (séances de nage avec les dauphins) ont donné un nouvel élan à l’industrie d’exploitation des dauphins. Le mal de vivre de la société accroît la rentabilité des dauphins clowns et remplit les poches d’un petit nombre d’hommes d’affaires qui font des pieds de nez à la CITES en toute impunité.

Le dauphin est un produit en kit livré à la demande et remplacé dans le plus grand silence aussitôt qu’il décède afin que la magie des spectacles soit préservée... Le nouveau venu hérite du nom de spectacle de son prédécesseur et les compagnies d’assurance autant que les associations s’y mélangent les pinceaux ! Avec la complicité achetée de vétérinaires, les informations tronquées déversées par les médias, le laxisme de la législation protégeant les intérêts de gros groupes industriels et des gouvernements, les delphinariums ont malheureusement encore de beaux jours devant eux. Chaque année, les dauphins rapportent plusieurs milliards de dollars à leurs geôliers et à leurs actionnaires. À quel prix ?

En captivité, le dauphin voit son espérance de vie réduite à 5 ans en moyenne contre 40 en liberté. D’autres chiffres sont tout aussi éloquents : 50 % des dauphins décèdent pendant la capture, 30 % pendant le transport et les premiers jours de captivité, et 50 % dans les 24 premiers mois de captivité. À celà il convient d’ajouter les 90 % de morts périnatales.

L’environnement dicte le comportement. En captivité le dauphin est dénaturé, conditionné, humilié par l’homme et soumis à une hiérarchie artificielle et agressive de la part des autres dauphins. Gavé d’antibiotiques, de vitamines et de calmants, il ne fait même plus l’objet d’études scientifiques tant son comportement est étranger à celui qui est naturellement le sien en liberté. Les spectacles sont les seuls moments où il est nourri sous la condition qu’il réussisse ses exercices. Sa ration quotidienne : 5 kg de nourriture congelée contre 15 kg de poissons vivants en liberté.

La capture provoque un traumatisme psychologique très important. Les dauphins sont capturés au moyen de filets, ou, comme en Asie, rabattus dans des baies où plus de la moitié d’entre eux sont harponnés après que les delphinariums occidentaux aient effectué leur choix. Cette opération arrache le dauphin à sa famille et l’isole à jamais. Elle génère un stress énorme auquel s’ajoute par voie de conséquence une déficience irréversible du système immunitaire de l’animal.

En captivité, les dauphins développent des maladies physiques qui leur sont fatales à plus ou moins long terme : pneumonies, arrêts cardiaques, gastro-entérites, gastrites, intoxications alimentaires, empoisonnements par le chlore (surdosage), infections parasitaires et bactériennes, auxquelles il faut ajouter la stérilité des femelles, la cécité due au chlore, etc. La captivité génère également des maladies psychosomatiques : obésité, anorexie, maladies de peau, dépression, anxiété, agressivité, peur, nervosité, colère, fatigue mentale, jusqu’au suicide… Dans les centres de swim programs, le stress et les risques d’infection sont accentués par la promiscuité avec les touristes. Ces derniers prennent le risque d’être eux-mêmes blessés par le dauphin rendu agressif malgré lui.

En captivité, le dauphin clown perd ses réflexes naturels, sa spontanéité et sa joie de vivre. Le sourire, rictus naturel qu’il garde même lorsqu’il décède, fait illusion. Les parois en béton lui renvoient en écho les ondes émises par son sonar au point de le rendre fou. Mais le public applaudit. Les programmes de réhabilitation des dauphins dans leur milieu naturel sont une solution encore trop rare à la captivité en raison de la pression du “Dolphin Business” sur les gouvernements. Ils offrent pourtant la possibilité aux dauphins clowns de retourner auprès d’un groupe de leur espèce alors que les libérations spontanées condamnent l’animal à une mort certaine. Le dauphin captif a, en effet, tout oublié de son milieu naturel pour y avoir été capturé très jeune. Il n’a plus aucun repère. L’océan est alors synonyme pour lui d’inconnu, de danger et d’insécurité.

Dépendant de l’homme pour sa nourriture, il est incapable de se réintégrer tel quel dans un groupe de dauphins sauvages. Une réadaptation progressive est la condition incontournable de sa survie. La réhabilitation se déroule en plusieurs étapes. Elle a pour principe de désintoxiquer l’animal de l’homme, de le déconditionner et lui faire retrouver une autonomie totale. Mais elle ne pourra effacer les traumatismes psychologiques subis, tout au plus, les atténuer, ce qui explique que tous les dauphins ne sont pas candidats à être libérés définitivement en mer.

Le programme doit se dérouler dans un sanctuaire isolé de la civilisation, offrir une grande variété de poissons et recevoir le passage de groupes de dauphins sauvages. Dans un premier temps les dauphins redécouvrent l’eau naturelle, retrouvent confiance en eux-mêmes et rétablissent des repères par rapport aux courants marins, à la faune et à la flore marines.

Soignés et nourris à leur faim, les animaux retrouvent généralement rapidement une bonne condition physique. Ils réapprennent à se servir de leur sonar pour se diriger et plus tard pour chasser. Dans un deuxième temps, on aide les dauphins à adopter un comportement naturel et spontané. Le schéma “exercice-récompense” est brisé, on leur apprend à ne plus mériter leur nourriture. Le désintérêt dont ils font volontairement l’objet de la part de l’équipe est vécu douloureusement au début, mais il cesse vite de les perturber.

Un comportement social et affectif est ainsi favorisé. La nourriture congelée est remplacée par du poisson vivant qui cesse d’être un objet d’amusement à mesure que les dauphins redeviennent sauvages. En final, on tente de faire oublier l’homme aux dauphins. La présence humaine est ramenée à son strict minimum. De leur autonomie dépend leur survie en mer.

Joe, Rosie, Rocky, Missie, Silver, Flipper, Bogie et Bacal sont aujourd’hui libres et se sont réintégrés dans des groupes de dauphins sauvages de leur espèce. L’Angleterre et le Brésil sont des pays pionniers dans le sens où ils ont interdit définitivement la captivité des dauphins sur leur territoire. Exemple à suivre...

La captivité des dauphins est un problème d’éthique. La solution réside essentiellement dans un changement des mentalités. Laisser faire, ou se contenter de critiquer sans bouger, revient à se rendre complice de l’intolérable. Le rôle de l’homme, pour sa propre sauvegarde, est de préserver la diversité et de se réintégrer dans la nature. Les dauphins n’ont pas été créés pour nous divertir ou résoudre notre mal de vivre. C’est notre devoir de les découvrir à leurs conditions et de prêter enfin une oreille attentive à l’enseignement qu’ils nous distillent à travers leur comportement. La découverte des dauphins en mer est une solution à la captivité sous la condition qu’elle ne devienne pas abusive et irrespectueuse comme elle l’est malheureusement déjà dans certaines parties du globe. La tentation était trop forte pour l’homme cupide qui a trouvé là une nouvelle manne pour se remplir les poches et violer sans scrupules un territoire qui n’est pas le sien ! Où les dauphins devront-ils aller pour être en paix ?

La succession de décès de dauphins recensés au Marineland d’Antibes et au delphinarium du parc Astérix (7 dauphins. en 4 ans), prouve que le projet du zoo Safari Africain ne sera qu’une aberration de plus destinée à servir les intérêts financiers de son propriétaire et non à préserver les dauphins. La création d’une fondation veillant à la préservation des cétacés dans leur milieu naturel est un alibi hypocrite pour justifier la captivité. Le véritable motif est dans la baisse de fréquentation du zoo depuis 1993. La présence des dauphins permettra d’attirer un nouveau public et de renflouer les caisses.

Une trentaine d’associations se sont regroupées autour de SOS Grand Bleu pour dire non au projet de troisième delphinarium français. Des communiqués de presse ont été envoyés, mais nous sommes face à une entreprise de bonne taille qui projette d’investir des millions de francs pour accueillir des dauphins et organiser un spectacle qui doit renflouer les caisses du parc zoologique (le Safari Africain) car les visiteurs sont de moins en moins nombreux : moins 50% en 4 ans ! Inutile de vous dire qu’on parle davantage d’emplois à créer que de protection animale dans la région. Notre tâche est donc rude puisque nous tentons encore une fois de faire passer l’éthique avant l’argent. Mais nous sommes là pour nous battre au mieux, et c’est ce que nous avons commencé à faire.

Sur place

Au nom de la LAF-DAM et d’Æqualis, Stéphane Charpentier s’est rendu sur les lieux le mardi 30 septembre, premier matin de l’enquête d’utilité publique, en compagnie de Laurence Derigon, représentant la fédération des associations de protection animale de Loire-Atlantique, et de Christiane Nival pour Animaux-Assistance.

Nous avons été les premiers à prendre connaissance du volumineux dossier, et à le photocopier pour le diffuser aux autres associations. C’est alors que nous avons appris fortuitement que se déroulait au même moment une conférence de presse au Safari Africain ; nous avons donc décidé de nous inviter sans vergogne pour porter la contradiction. Cela nous a permis de donner deux interviews radio et une télé sur M6 sous forme d’un son de cloche bien différent, que vous trouvez détaillé dans l’article de Muriel Teyssier. Nous avons appelé tous les habitants de la région à venir signer le cahier de l’enquête en disant non à la captivité et rappelé que les problèmes qui se posent en matière de sauvegarde de la faune mondiale ne pourront pas être résolus derrière des barreaux ou dans des bassins, même s’ils se veulent un peu plus grands et “peints de trois couleurs de bleu différentes, pour égayer davantage” !

Nous en avons profité pour visiter en voiture le parc du Safari Africain, gratuitement bien sûr et en compagnie du vétérinaire des lieux et d’un biologiste (spécialiste d’aquariophilie et d’aquaculture, ça donne le ton…). Monsieur Dany Laurent, le propriétaire, fut fort courtois dans son accueil, faisant contre mauvaise fortune, bon cœur - il se serait pourtant bien passé de nous voir débarquer à l’improviste, surtout pour casser son projet auprès de la presse !

Nous ne pouvons dresser ici un dossier sur la captivité animale dans des zoos et/ou des parcs de vision (ce serait un sujet de campagne) ni vous faire le compte-rendu détaillé d’une visite express. Intéressant tout de même, quand on pénètre dans une fauverie, habituellement close au public, de voir un tableau sur les lions précisant “5 lionceaux morts, 2 petits morts” ; comme nous le faisons remarquer, on nous répond habilement qu’il s’agissait de femelles primipares, un peu trop jeunes pour avoir des portées ! Sinon, c’est plutôt vaste et propre, mais c’est quand même une prison dont les clôtures sont seulement un peu plus loin. Et quand les petits survivent, que deviennent-ils, eux ?

Quatre dauphins ? ou seize comme sur l’affiche ?

Là, quatre pauvres dauphins déjà captifs auront droit à cinq mares de captivité à seulement quelques kilomètres d’un océan de liberté. Et il faudra en faire venir d’autres un peu plus tard - quatre, c’est un début un peu maigrelet, mais aussi une stratégie pour ne pas faire trop de vagues. Sur l’affiche, ils sont en train de sauter gaiement, de folâtrer de façon très publicitaire.

Pourtant, la réalité est tout autre pour ces animaux exceptionnellement développés, renvoyant leurs échos sonar sur une paroi de bassin jusqu’à la mort et attendant leurs poissons décongelés au lieu de chasser dans l’immensité océane. Croyez-vous qu’ils s’amusent vraiment en poussant un ballon du nez ?

Merci de tout ce que vous pourrez faire pour que personne ne fréquente plus un delphinarium ou un zoo. Nous avons toujours dit qu’il faut frapper au portefeuille pour se faire comprendre, et désormais ces gens là, nous les frapperons au portefeuille pour les faire disparaître, tout simplement.

Les dauphins, symboles de liberté et de fraternité, paient un lourd tribut à l’humanité. Saurons-nous les écouter avant qu’il ne soit trop tard ? Muriel TEYSSIER - Bio-Terre

Muriel Teyssier est auteur du livre “Des Dauphins et des Hommes” (Éditions Amrita) traitant de la réalité de la vie des dauphins clowns. Un ouvrage de référence. Elle est co-fondatrice de l’association Bio-Terre 43, rue de Verneuil - 75007 Paris, qui a pour objectif la création d’un sanctuaire de réhabilitation des dauphins captifs et mène un programme international d’étude des dauphins en mer.

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