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Document publié le 14 octobre 2002

Qui est sauvage ?

A travers la Bible et dans la littérature de l'Antiquité, l'ours, le loup, le lion et le sanglier évoquent immanquablement la férocité, la cruauté, la force destructrice. Ces animaux sauvages habitent les déserts, les forêts, les contrées âpres et dangereuses qui sont hostiles à l’homme.

Le champion de Dieu aussi bien que le héros civilisateur s’affrontent à ces animaux jugés redoutables ainsi qu’à divers monstres : Samson terrasse un lion à mains nues, Héraklès vainc au cours de ses douze travaux toutes sortes de bêtes, réelles ou imaginaires (lion, sanglier, biche aux pieds d’airain, hydre, etc.), et Thésée mérite de devenir roi pour avoir débarrassé le pays d’une foule de dragons et de créatures monstrueuses, dont le fameux Minotaure.

Ainsi, la civilisation, et ce qui en fait partie, la religion, s’établissent sur et contre la Nature, perçue comme violente, désordonnée, imprévisible ; et elles affirment la supériorité de la raison et de l’intelligence humaines et du langage articulé. Mais le héros qui chasse le sanglier ou qui combat l’ours signifie également, sur un plan intérieur, l’homme qui dompte, purifie et maîtrise ses instincts primaires – d’égoïsme, de convoitise, de haine... – afin de devenir sinon sage, du moins véritablement humain.

Les siècles ont passé et les données du monde se sont inversées. Autrefois, il fallait protéger l’être humain d’une Nature obscure et envahissante, il semblait indispensable d’en canaliser les forces et de repousser les assauts de ses animaux ; désormais, il s’agit de protéger la Nature et ses habitants de l’empire menaçant et puissamment armé de l’homme et de sa soif invétérée de dominer. Il s’agit de défendre le gorille, le tigre, la baleine, l’éléphant ou le rhinocéros contre le réchauffement de la planète, contre la pollution des sols et des eaux, contre le défrichement des forêts, contre les automobiles et les industries, contre les promoteurs immobiliers, contre le tourisme de masse, contre les chasseurs et les contrebandiers, contre l’urbanisation, contre l’appas du gain, contre les laboratoires en mal d’expérimentation...

Or, tous ces fléaux sont directement issus de gens qui se croient civilisés parce qu’ils sont équipés de machines et de gadgets, mais dont l’argent est l’idole unique.

Il serait bien naïf de penser que la fourrure qui « revient à la mode » cet hiver exprime une nostalgie de la nature sauvage à l’égal du naturisme, des séjours dans le désert ou de l’île lointaine. C’est l’exhibition d’une violence sans complexes, sans états d’âme. En témoigne cette publicité nauséabonde qui pavoise dans les magazines, en pleine page : sur fond de sables du désert, une femme habillée chaudement, portant des lunettes de soleil et un col en fourrure déclare : « J’avais toujours peine à croire que le col si délicieusement doux de mon manteau soit en fennec. » Il est bien loin, le renard qui demandait au Petit Prince de l’apprivoiser, c’est-à-dire de « créer des liens » ; il est enseveli, le langage du cœur. Aujourd’hui, le gentil fennec est dépecé et sert de parure à une idiote.

La férocité a changé de camp. Elle est maintenant l’apanage de l’homme tandis que les rares animaux demeurés sauvages parlent d’une liberté perdue, d’une beauté insouciante, d’une joie que nous avons, au fil des siècles et de nos prétentions, massacrée.

Toute relation, qu’elle s’engage avec un être humain ou avec un animal, est une mise à l’épreuve de nos vieux démons et de nos certitudes. Soit on reste dans un rapport de force (et en ce qui concerne les animaux, le combat est déloyal, la bataille perdue d’avance), soit on entre dans une relation d’amour, autant dire de respect, d’attention, de bienveillance, de compréhension, de partage. Cela s’appelle vivre en bonne intelligence. Dans la clarté du cœur.

«Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. » Oui, c’est encore le petit renard qui parle dans le désert des hommes.

Jacqueline KELEN, écrivain.

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