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Document publié le 14 octobre 2002

Est-il du rôle de l'école d'emmener les élèves voir des cirques avec animaux? (été 2000)

Le cirque en tant qu'activité pluridisciplinaire permet aux enfants de développer leur sens de l'imaginaire, d'aborder avec plaisir des techniques et des connaissances de manière transversale (éducation physique, arts plastiques, français…). Mais néanmoins, la présentation d'animaux dans ces établissements est contraire à la mission de l'Éducation nationale : "marquer la nécessité du respect de soi et d'autrui, d'un comportement citoyen, responsable et solidaire ainsi que du devoir de chacun de contribuer à la préservation des valeurs fondamentales dont l'institution scolaire est, en premier lieu, la garante" ( B.O. du 15 octobre 1998 - Hors série).

La violence en exemple

La note de service n° 98-185 du 09/09/1998 stipule dans le cadre de l'éducation à la solidarité internationale que les enseignants seront attentifs à éveiller les élèves à la notion de développement durable, qui allie l'économique au social et au respect de l'environnement dans le souci des générations futures. La présentation d'animaux en captivité, dans un cadre non pas de préservation mais de loisir n'est pas compatible avec cette instruction de respect de l'environnement, l'élève assimilant l'utilisation et la captivité à des fins lucratives et de divertissements à une "normalité". Il serait par conséquent plus pertinent de sensibiliser l'enfant à la fragilité et à la disparition des écosystèmes plutôt que de lui montrer l'intérêt plaisant et rentable que l'utilisation de l'animal pourra lui apporter. Le Bulletin officiel spécial n°7 du 26 août 1999 souligne quant à lui l'importance qu'il existe de montrer à l'élève que les êtres humains appartiennent au règne animal, mais que néanmoins plusieurs caractères les distinguent des autres espèces. Dans une société où la violence pose de plus en plus de problèmes et où la reconnaissance de la différence n'est pas encore un acquis, la présentation scolaire d'animaux comme frères de notre " règne animal" puis dans un cirque comme soumis à la domination de l'Homme ne peut conduire qu' à la reconnaissance de la différence comme critère d'exploitation. Ce qui est une fois de plus contraire à la mission de l'Éducation nationale. Le rapport entre l'animal et l'enfant est très fort, Laure Delvolve parle même d'une "naturelle communication interespèce" l'enfant voyant l'animal comme un "petit frère". Ce n'est pas un hasard si l'animal est un des vecteurs principaux dans les contes et fables enfantines... Comme le souligne Anne Maille-Ubersfeld, l'animal de cirque est ce qui fait rire par imitation maladroite du comportement humain adulte et qui par conséquent crée une sorte de complicité vis-à-vis de l'animal. Mais c'est aussi une manière de montrer (inconsciemment ?) à l'enfant sa suprématie sur un monde animal qu'il peut dominer et dénaturer à sa guise. Le problème de l'animal de cirque réside dans son exotisme coïncidant étrangement avec les périodes colonialistes de notre histoire. Au xixe siècle, on trouve dans de nombreuses œuvres telles que Mémoires d'un âne de la Comtesse de Ségur (auteur pour enfants) une dénaturation de l'animal qui est réduit à l'état d'esclave, et que l'enfant devra percevoir comme tel afin d'apprendre à traiter au même titre ces esclaves humains. L'esclavage humain et le colonialisme sont (officiellement) bannis mais il reste encore cette triste vitrine néocolonialiste sous les chapiteaux, où l'exotisme (chameau, éléphant, lion…) s'incline et se soumet face au dompteur et aux spectateurs occidentaux. Mais qu'en est-il aujourd'hui de la perception de l'enfant face à cette leçon ethnocentrique que leur proposent les cirques ? Est-il vraiment du devoir des écoles de se risquer à une telle présentation ? Nous sommes en droit d'en douter.

Divertissement et mauvais enseignement

D'un point de vue purement pédagogique, One Voice est également très sceptique sur la présentation même des animaux dans les ménageries et sur les pistes de cirque. Le mélange des espèces de milieux différents (hippopotame du Ghana avec éléphant d'Asie ; tigre de Sibérie et lions d'Afrique…), la présentation dans des postures non adéquates pour l'espèce (éléphants sur les pattes arrières, singes en robe rose…), dans un milieu n'ayant strictement rien avoir avec le milieu naturel (camion, piste ronde…) et la relation "animal-humain" faussée n'apporteront à l'enfant spectateur qu'une vision erronée du monde animal et de ces interactions.Il est donc important que les écoles cessent d'emmener leurs élèves dans ces spectacles antipédagogiques, mais qu'au contraire - conformément à la volonté de l'éducation nationale - celles-ci fassent un pas supplémentaire pour véhiculer des valeurs aussi positives que le respect et le partage, et pour éradiquer la différence comme critère d'inégalité. On ne peut assigner une morale si l'on omet d'y adjoindre l'exemple. Cette situation est d'autant plus inacceptable que notre société nous offre une multitude de manières de découvrir les animaux dans leur milieu naturel. Ce respect de la différence doit simplement ne pas s'arrêter de manière incohérente à la barrière de la race et du sexe, mais doit aussi franchir la barrière des espèces. Car le respect, lui, ne souffre pas d'exception.

Franck Schrafstetter

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