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Document publié le 14 octobre 2002

La campagne “corrida”, pourquoi ? La question peut sembler stupide, mais répondons-y quand même.

C’est exact, mais compter les vies brisées n’est pas la seule façon d’aborder le problème de leurs souffrances. La tauromachie est un symbole fort parce que la mort y est ritualisée et donnée en spectacle. Le tueur d’abattoir, le vivisecteur ne prennent pas a priori de plaisir au trépas de leurs victimes, à l’exception de quelques personnes gagnées par un sadisme pathologique. Le chasseur, lui, avec le pêcheur de plaisance oublié trop souvent, trouve du plaisir dans son divertissement : je t’ai eu, je suis plus fort que toi. Mais les toreros, eux, ont un public.

Ce n'est plus la mort cachée, honteuse, ou le plaisir furtif du chasseur, parfois solitaire. Non, c’est l’apothéose des instincts les plus vils, l’effarant renversement qui consiste à élever en pleine lumière ce qu’il y a de plus bas.

À la différence du mauvais traitement, l’acte de cruauté procède, selon les législateurs, d’un instinct de perversité. Il est là, visible au grand jour chez les acteurs et peut-être plus encore chez les spectateurs.

Ces mêmes législateurs y font référence dans cette catégorie du Code pénal, bien qu’à titre d’exception ! En fait, ils nous disent : “C’est bien un acte de cruauté mais vous suivrez la loi qui dit qu’il n’en est rien.” La tauromachie est donc le plus visible des symboles : une immonde verrue sur la face radieuse du nécessaire progrès moral de l’humanité. Le symbole de ce que notre parrain, le professeur Théodore Monod, appelle si justement “la barbarie ancestrale”.

Si certains (ecclésiastiques compris, voir ci-dessous) y voient autre chose, c’est notre devoir de les combattre pour les faire évoluer spirituellement. Notre mission n’est pas seulement envers les animaux, elle est aussi vis-à-vis de tous les autres humains, pour bâtir une société sans cruauté.

Comme il est impossible de traiter ce vaste sujet en quelques pages, Æqualis, fidèle à sa volonté d’approfondissement de certains thèmes, se penche ici sur : les corridas privées et les enfants-tueurs – d’autres thèmes seront abordés dans d’autres numéros d’Animaction. Dans le cadre de la campagne de boycott des villes taurines de France, n’hésitez pas à nous commander nos tracts. Merci de votre mobilisation car vous connaissez tous des gens tentés par du tourisme dans ces villes sanglantes.

Il est déjà peu facile de savoir combien il se tue de taureaux “au grand jour” dans les arènes de France – environ 10 000 en 1995 – mais il est encore bien plus difficile d’estimer le nombre de ceux qui meurent “ailleurs” : dans des écoles ou des arènes privées ou semi-publiques, pour des combats (d’entraînement ou non) qui ne sont pas toujours annoncés en dehors du milieu assez fermé des aficionados. Ou uniquement sous la forme de “fiestas campeas”, voir ci-contre. Certains d’entre nous n’hésitent pas à dire que ce chiffre est certainement supérieur au premier !

Dans la revue Tendido d’avril/mai 1995, voici deux extraits d’un article consacré à Philippe Delapeyre, ou encore San Gilen de son nom de tueur. Le sous-titre indique : “Notre compatriote assouvit sa passion en travaillant au campo chez le ganadero Granier. En attendant les opportunités, il se paie et tue en privé plus de toros que la plupart de ses confrères n’en verront jamais.” Et plus loin, l’intéressé déclare : “J’ai eu beaucoup de cornadas [entendez de blessures par coups de cornes et ne souriez pas comme ça ! en public comme en privé - Fréjus, Saint-Gilles, Franquevaux – et par conséquent de la rééducation, un suivi médical, etc. Entre 1993 et 1994, j’ai tué soixante toros en privé.” Voici donc un long papier pour en apprendre un peu plus sur ce sujet, et un compte-rendu sur une corrida privée s’étant déroulée à Franquevaux. De quoi vous mettre le sang à la bouche…

Ebloui par le soleil, le touriste qui s’aventure sur les routes bucoliques de Camargue pour découvrir les rivages méditerranéens, est bien loin d’imaginer que des spectacles très spéciaux se déroulent au bout de certains chemins conduisant aux grandes bâtisses appelées “mas”. À une époque où les ruminants sont transformés en carnivores, la vision de taureaux qui broutent de l’herbe en liberté a de quoi le réjouir. Pourtant, dans cette région, les corridas privées, sinistres réjouissances nommées “fiestas campeas”, offrent de véritables carnages à un public pervers qui assistera de très près à des scènes atroces, interdites par le règlement taurin dans les grandes arènes.

Historiquement,cette situation résulte du quasi-monopole des Espagnols sur les arènes françaises. Il y a bien eu en 1992 des accords, dits “de Cahors”, entre Espagnols et Français, afin que ces derniers obtiennent un quota décent pour faire leur indécente besogne, mais le gâteau sanglant est chasse gardée et les accords n’ont jamais été respectés... Les toreros français qui restent sur la touche des grandes arènes, et les jeunes élèves des écoles de corrida qui n’auront jamais de contrats, sont réduits à pratiquer dans des arènes minables, en dur ou ambulantes. Des vacanciers profitent de ces manifestations et de la discrétion des arènes privées pour jouer les “toreros du dimanche” entre la plage et la pétanque. Certains manadiers organisateurs proposent ainsi un abattage privé, agrémenté de grillades, musique et danse, le tout copieusement arrosé de pastis, les massacres ne coupant l’appétit à personne. La presse tauromachique avoue qu’aujourd’hui on tue plus dans les corridas privées que dans les grandes arènes.

La recette régionale de la corrida privée n’a rien de secret. Vous prenez un mas, de préférence isolé, sur lequel vous construisez, souvent en toute illégalité, des arènes rustiques. Vous plantez une haie d’arbres ; les arènes sont alors invisibles même de près. Si vous n’avez pas encore construit d’arènes, vous pouvez vous contenter de simples ballots de paille recouverts d’une bâche. Un terrain municipal peut même suffire pour accueillir le spectacle. Les sites les plus prisés sont connus des initiés. Certains pratiquants se sont regroupés en clubs. Pour attirer une nouvelle clientèle et rentabiliser l’opération, vous émettez une billetterie dans quelques tabacs de la ville taurine la plus proche, de préférence dans un lieu où les inspecteurs du fisc auront du mal à verbaliser, par exemple dans une cafétéria à l’intérieur d’une fac, où hors département. Il ne vous reste plus qu’à demander à la presse régionale d’indiquer l’emplacement de votre corrida privée ; vous n’avez pas grand-chose à redouter des instances locales.

La fête commence vers 10 heures du matin. On arrive en famille. Les spectateurs et leurs enfants montent sur le talus d’où ils surplombent la piste. Sous un parasol, à côté d’un tournedisque, un notable du coin fait office de président d’arène. Le premier taureau est lâché : il est jeune, ses cornes sont raccourcies de moitié. Ce n’est plus un “afeitage” (cornes coupées et rafistolées à la résine), tricherie pratiquée dans les grandes arènes et camouflée parce qu’interdite par le règlement taurin. Ici, on affiche clairement la couleur : l’animal n’a plus aucun moyen de se défendre, il est désarmé, il est seulement là pour être dépecé vivant. Lorsqu’on sait que les cornes du taureau lui servent à estimer les distances, on imagine combien cette grossière amputation à l’égoïne peut le désorienter... et le faire souffrir car les cornes ont des nerfs, comme les dents.

Entre dans l’arène un pitre inexpérimenté, portant bottes mexicaines, jeans retroussés et boléro pour faire hispanisant. L’individu, un apprenti torero ou un simple touriste, mime avec une cape rose des passes grotesques qui porteraient à rire si le spectacle n’était pas tragique. Souvent le torero amateur est un adolescent ou une jeune fille mineure. On a même vu, dans la région de Vauvert, des enfants en âge de maternelle toréer des veaux dans la propriété d’une directrice d’école.

Armé d’une lance, le picador entre en piste et défonce le dos de l’animal pour briser sa résistance. Les trois piques réglementaires de la corrida classique sont quantifiées ici selon l’inspiration. Le tortionnaire insiste sauvagement avec sa lance, fouille les chairs avec un sadisme tel, que des femmes dans la foule lui demandent d’arrêter – sans doute un flash incontrôlé d’humanité. Le taureau, rarement corpulent, présente de grosses hémorragies, il veut fuir, tourne en rond, rase le mur de ce cercle infernal, devant un public ravi. C’est si drôle, le désespoir mêlé à la douleur… Dans le corps traumatisé, le pitre sadique plante maladroitement des banderilles multicolores dont les couleurs chatoyantes cherchent à faire oublier le terrible harpon. La “danseuse ridicule” agite maintenant la rouge muleta et commence le traditionnel et pitoyable ballet d’une brute qui fait plier, sans gloire ni risque, un adversaire préalablement diminué.

La mise à mort

est décidée par le sinistre président qui actionne le tournedisque. Une pollution sonore faite de vocalises chevrotantes et rauques va illustrer la séquence cauchemardesque, mais bien réelle, mise en scène par des hommes. Le sadique à la muleta s’empare alors de l’épée. Perché sur le talus, un très jeune enfant interroge sa mère : “Dis, Maman, pourquoi on fait du mal au taureau ? Pourquoi on va le tuer ?” La réponse vient du coeur : “Parce qu’il est méchant !” Si un torero conformé a déjà bien du mal à tuer un taureau du premier coup, imaginez la performance d’un amateur ! La lame entre sans foudroyer l’animal, on la ressort et on l’enfonce à nouveau dans l’échine aux chairs pendantes et inondées de sang. Et on recommence. Parfois la pointe de l’épée sort par le ventre. Huit ou dix coups d’épée peuvent être nécessaires pour terrasser la victime. Les jeunes filles abandonnent lorsqu’elles n’y arrivent pas... alors on fait appel à un tueur plus expérimenté pour finir la besogne. Une fois à terre, la taureau bouge encore. Les coups de puntilla, poignard conçu pour l’achever, pleuvent sur le crâne de la bête, on vrille l’instrument dans la cervelle. Face à tant de prouesses, le président accorde triomphalement les oreilles ou la queue qui sont coupées même si le taureau n’est pas encore mort, peu importe... Enfin la vie a disparu. L’affreuse musique continue.

Le clown monstrueux s’incline vers les spectateurs ravis et se fait applaudir ainsi que ses sbires. À l’aide d’un puissant jet d’eau, les manadiers font disparaître les traces de sang laissées sur un mur qui, blanchi, ne témoignera pas. Les hommes ont besoin de propreté après tant de saleté. Après la boucherie-spectacle commence le spectacle de la boucherie. Traîné hors de l’arène, le cadavre est suspendu à un palan pour être dépecé en plein air. Les viscères sont répandus sur le sol et le sang coule dans la terre, en violation des règles élémentaires d’hygiène. Les chiens mangent les déchets qu’on leur jette. Le camion d’une boucherie voisine emportera les carcasses. La viande sera vendue à l’étalage ou mitonnée avec une grosse sauce au vin. Depuis peu, il existe le saucisson de taureau dont les vertus ont été dernièrement vantées au journal télévisé de 13 heures sur France 2. Le présentateur précisait que les taureaux camarguais n’étaient pas mis à mort dans les arènes,... Les aficionados ont pouffé de bon cœur selon un article paru le lendemain dans Midi-Libre.

L’équarrissage fait partie du spectacle et sert d’entracte avant l’entrée du taureau suivant. Il est midi, tout le monde va se restaurer sous les paillottes. Les seules larmes qui coulent sont dues à l’épaisse fumée provenant de la graisse brûlée des merguez et des brochettes. Tout n’est que raffinement et délicatesse. Les enfants jouent dans l’arène sur le sable alourdi par les flaques de sang qui sèchent au soleil.

Après le café, pendant la digestion, les séances de torture reprennent jusqu’à l’exécution du dernier taureau. La journée champêtre prend fin, le soleil descend dans le ciel, les spectateurs regagnent leurs véhicules. Les immatriculations révèlent que certains sont venus de loin, même de l’étranger. Sous les regards envieux, quelques privilégiés emportent les têtes sanguinolantes des victimes dans le coffre de leur voiture. La protection dont bénéficie la corrida privée donne à réfléchir.

L’ancien Préfet du Gard affirmait dès sa nomination “Je suis un aficionado, je vais 90 fois par an aux corridas”. Il déclarait sur Télé Bleue être favorable à “l’extension de la corrida en dehors des villes où elle est cantonnée”. Ses espérances sont actuellement dépassées. Dans un département tauromachique, obtenir un mandat judiciaire, délivré par un président de tribunal de grande instance, pour commettre un huissier sur les lieux d’une corrida privée, est un exploit. Sans ce mandat, le juge peut totalement ignorer le constat de l’huissier et la recevabilité des exactions est laissée à sa seule appréciation. L’argument invoqué pour ne pas délivrer ce mandat aux huissiers prend pour prétexte que les corridas privées se déroulent sur la territorialité d’une grande ville taurine ! La territorialité n’ayant pas de contour précis, c’est une manière de reconnaître que la corrida est, de fait, autorisée en dehors des “localités à une tradition taurine ininterrompue”. À ce jour, la liste exhaustive de ces “localités” n’a pas encore été rendue publique. Il est grave que dans un pays démocratique, les pouvoirs publics et les élus locaux prennent la défense d’une minorité qui impose des pratiques révoltantes et inacceptables.

Les médias sont rarement objectifs. Les grandes corridas retransmises par Canal Plus sont soigneusement édulcorées. Aux informations, capes roses, mort fulgurante et images habilement coupées, travestissent la terrible charcuterie pratiquée dans les arènes. La dissimulation des bassesses humaines est la plus efficace des protections dont bénéficient les sadiques et les affairistes de la corrida. Des cassettes vidéos existent mais à ce jour aucune télévision n’a encore consenti à en diffuser le moindre extrait. Pourtant, parce qu’elle fait applaudir la mise à mort, la corrida porte en elle les germes de sa propre destruction. Les raisons sordides pour lesquelles tant de médias, certains élus et des notables ont pris le parti de s’allier aux organisateurs de ces macabres spectacles ne resteront pas éternellement ignorées. Un jour viendra où les zones d’ombre de la corrida seront éclairées par d’autres lumières que celles de l’arène. Ceux qui imposent aujourd’hui la dictature tauromachique jusque dans ses pires excès risquent d’être balayés par la majorité silencieuse pour avoir oublié que notre pays a toujours rejeté les individus indignes et les systèmes qui voulaient faire régresser l’humanité.

Voici un récit de l’horreur taurine. Il serait banal s’il ne s’agissait d’une corrida privée, illégale à nos yeux. Elle a eu lieu à Franquevaux, petite bourgade du département du Gard, le 15 juin 1995. Assortie d’un constat d’huissier, une cassette vidéo en a été réalisée par un amateur souhaitant rester anonyme et œuvrant pour la cause animale. La FLAC (fédération de liaisons anticorrida) a porté plainte suite à ce film. Elle a perdu le procès dont le président du tribunal était le juge Gilbert Azibert. Afin de mieux comprendre la situation locale, voici des extraits d’une de ses interviews dans Midi Libre du 16 septembre 1995 (le lendemain du procès!). Il déclare qu’il a trouvé une corrida “moyenne”, puis continue en affirmant : “J’ai quand même passé un bon moment. Vous savez, la corrida comprend des déceptions mais aussi de grandes satisfactions. Nous sommes, nous autres aficionados, toujours à la recherche de la corrida idéale.”Nous sommes, nous, à la recherche de juges qui ne seraient pas des aficionados. Cependant nous sommes persuadés - et vous aussi, n’est-ce pas ? – que Gilbert Azibert a rendu son jugement en toute impartialité et indépendance… Croire le contraire nous vaudrait assurément le risque d’un nouveau procès !

Comme si vous y étiez...

Une banderole près d’une buvette : association des aficionados practicos, c’est- à- dire des passionnés de corrida qui la pratiquent occasionnellement. Un joli ciel bleu. Un public clairsemé, 150 personnes environ, parmi lesquelles des enfants de moins de 10 ans qui vont assister à tout : il faut les endurcir et les former pour qu’ils deviennent, eux aussi, de bons spectat(u)eurs. Les tueurs tout court, eux, sont en jeans et polos car c’est une fiesta campea, sans “habits de lumière”. Le premier taureau entre : passes de capes pendant quelques minutes, ensuite vient le picador sur un cheval aux yeux bandés. Le taureau hésite à charger, puis se décide : le cheval accuse le choc en dépit des deux épaisseurs de caparaçon. Nous vous faisons grâce des blessures par piques et par banderilles, mais pour ceux qui auront le courage de lire, et nous voudrions vraiment que vous l’ayez, nous allons vous décrire les estocades aboutissant aux mises à mort.

Ainsi, vous saisirez mieux le temps qui passe quand on perd son sang et qu’on a parfois une épée plantée dans le corps.

Le matador plante son épée dans le premier taureau jusqu’à la garde, mais trop horizontalement : aucun organe vital n’est touché et il reste vigoureux. Trois personnes l’excitent avec des capes. Il s’adosse au mur de l’arène pour tenter de faire face, puis s’affaisse enfin, à 1 mn 50. Un homme s’approche pour lui planter un poignard à l’arrière du crâne, ce qui doit l’achever, mais il rate une première fois (2 mn 11), retire l’arme mal plantée et la replonge (2 mn 16). Le taureau qui était à genoux se redresse à moitié, puis se recouche. Un autre individu arrache l’épée (2 mn 30) du dos de l’animal effondré mais toujours bien vivant. Le matador qui se tenait à côté pour planter son couteau frappe une troisième fois (2 mn 33). Il ne réussit qu’au quatrième essai (2 mn 37) : l’animal semble touché au cervelet et s’effondre en tendant convulsivement les pattes. Est-il vraiment mort ? On ne se pose guère la question en commençant à découper la première oreille, mais des membres bougent encore. La voix d’un très jeune enfant, qui demandait depuis quelque temps : “Quand est-ce qu’il meurt ?”, s’exclame : “Tant pis pour le taureau !”L’estocade du deuxième taureau est plus réussie. Les spectateurs, connaisseurs, disent : “Il va tomber très vite, il saigne de partout.” Après avoir longuement vomi son sang, il s’effondre effectivement au bout de 55 secondes, puis un peon le charcute à la puntilla (le poignard du coup de grâce, à planter dans la nuque) pendant 6 ou 7 secondes : il a un sursaut final à 1 mn 06. Les spectateurs crient “La queue, la queue…” alors qu’on tranche les oreilles…

Au troisième taureau, le premier essai d’estocade est complètement raté, l’épée frappant de la pointe mais sans pénétrer profondément - c’est ce qu’on appelle pinchazo, “piqûre”. Puis à l’estocade suivante (temps zéro), l’épée plonge en biais et ressort par le côté gauche, la pointe dépassant du flanc d’une quinzaine de centimètres. Une quarantaine de secondes plus tard, on la retire et on continue à toréer l’animal qui ne veut toujours pas s’effondrer. Alors on recommence une nouvelle estocade (1 mn 16), de nouveau ratée car l’épée ne plonge qu’à moitié. Le pauvre taureau se réfugie près du mur tandis qu’on tente de le faire bouger de tous côtés pour accélérer l’hémorragie. À 2 mn 11, quelqu’un retire l’épée et on agite de nouveau les capes en tous sens. À 3 mn 14 enfin, le matador plante une épée spéciale dans la nuque du malheureux animal titubant et n’ayant plus beaucoup d’agressivité. Bien sûr, les spectateurs applaudissent - il y a vraiment de quoi ! Et le matador va ramasser les bouquets de fleurs…

Au quatrième taureau, une fillette dit : “Est-ce qu’on va manger du taureau, tatie ?”. Un autre matador plante l’épée, puis la bête essaie d’éviter les hommes en faisant presque tout le tour de la piste. L’épée est retirée 1 mn 45 plus tard, puis on tente de l’exciter encore un peu avant le coup de grâce, lequel tarde à venir. Le taureau s’agenouille alors (2 mn 28), on change donc de meurtrier - c’est la règle.

Un peon s’avance avec sa puntilla, pique maladroitement une première fois, l’enfonce davantage à la suivante. Sous le coup de la douleur, le taureau se relève à 2 mn 43. Il déambule pour fuir les hommes. Hésitations, tentatives avortées, ça dure terriblement... À 4 mn 17, le matador frappe à la nuque mais rate ! Le taureau charge faiblement en mugissant de façon lamentable. À 4 mn 32, frappé à la nuque de nouveau, il s’effondre enfin.

Mais il semble encore vivant et ne se couche vraiment que vers 4 mn 50, après plusieurs autres coups de puntilla. Applaudissements comme d’habitude… Après la boucherie dans l’arène, la cassette se poursuit par la vraie boucherie, juste en dehors près du camion qui va emporter la viande vers les étals. Ces scènes-là se déroulent également sous le regard des enfants, et pourtant… On les voit jouer ensuite en esquivant un faux animal d’entraînement sur roulettes. Olé ! Le matin, c’était au tour des femmes de manier l’épée - ça n’a pas été filmé mais une spectatrice explique que, pour le dernier taureau, il a fallu s’y reprendre à 9 ou 10 fois. Bien pire que dans les grandes corridas publiques ? Pas sûr, car ce sont elles qui détiennent le record : 32 coups de couteau ! Et ce qui s’y passe correspond très sensiblement à ce que vous venez de lire. C’est un art, une tradition et l’expression d’une culture, c’est eux qui le disent !Il y a les enfants qu’on emmène aux corridas comme au cirque, sans arrière-pensée particulière, ceux qu’on essaie d’embrigader, ceux qui choisissent d’apprendre dans une école spécialisée, et il y a ceux, plus doués pour le meurtre en public, qui deviennent des tueurs en herbe. Le goût du sang peut venir vite et les rêves de gloire dans une arène, devant une foule en délire, sont monnaie courante chez nombre d’enfants qui baignent dans la “culture taurine”. De plus, comme les chasseurs qui font tout pour investir les salles de classe car il faut bien recruter la prochaine génération et modeler les jeunes esprits en faveur de la tuerie, il existe un mouvement similaire chez les aficionados.

Comment former les tueurs ?

Tout s’apprend, la torture aussi. Il existe donc des écoles spécialisées dans la plupart des pays taurins, la France y compris. Chico Bouchiki, chanteur des Gipsies, a sa propre structure à Arles. Mais une des plus connues se trouve à Rodilhan, non loin de Nîmes. L’horreur meurtrière en culotte courte ! On y trouve des élèves de 9 ans !

Comment donner le goût du sang aux jeunes ?

Voici un bref article tiré du Midi Libre du 19 avril 1997. Il se passe de commentaires : le danger est là, bien présent. “Si tu ne vas pas au Centre français de tauromachie, le CFT ira à toi. Telle est la logique de l’école de Rodilhan qui a constaté combien les passionnés de corridas étaient curieux de découvrir les jeunes talents de demain comme les méthodes d’enseignement de la tauromachie. Et si les arènes de Rodilhan font portes ouvertes tous les après-midi, le CFT, pour toucher encore plus d’aficionados, se propose d’organiser, dans chaque commune du Gard ou de l’Hérault qui le désirerait, une classe pratique. Au cours de celles-ci, deux vaches seraient toréées en simulacre et deux jeunes toros mis à mort par des élèves ayant franchi le cap de la capea, sous la direction d’un professionnel et d’un responsable du Centre. Une initiative intéressante et originale puisqu’à chaque fois les élèves du CFT seront opposés à des élèves d’une autre école de tauromachie, française ou espagnole.”

Comment lutter contre les enfants toreros ?

Que les enfants aient accès à la barbarie, c’est scandaleux. Que certains d’entre eux participent à la tuerie sous les acclamations d’une foule malsaine, c’est écœurant. Mais que certains le fassent avant l’âge de 16 ans, c’est illégal en France. Et, si on truque l’âge de certains taureaux, on peut aussi tenter de dissimuler l’âge réel des petits “saigneurs” de l’arène. Là, nous laissons parler Claire Starozinski, présidente de l’ASACC qui s’est efficacement battue dans ce domaine : “Après 18 mois de lutte juridique, nous avons enfin vu nos démarches aboutir in extremis. En premier lieu, l’information judiciaire demandée à plusieurs reprises afin de vérifier l’âge du jeune torero Andy Cartagena fut ouverte à Nîmes par le parquet, avant la féria 1996. Le procureur exigea des organisateurs les documents attestant de l’âge de l’enfant, lesquels fournirent des papiers d’identité falsifiés... À la dernière minute, le procureur décida de lui interdire l’entrée des arènes.

Malgré cela, Luc Jalabert, organisateur de corridas, n’hésita pas à reprogrammer Cartagena durant tout l’été. Ni l’inspection du travail, ni la protection de l’enfance (UNICEF, Enfance et Partage) ne daignèrent se saisir de l’affaire. Face à cette démission totale, l’ASACC décida d’introduire un référé pour interdire Cartagena aux Saintes-Marie de la Mer. Le verdict fut sans appel ; nous n’avions pas perdu sur le fond, mais sur la recevabilité.

Or ainsi que nous l’escomptions, le 13 juillet au matin, le procureur de Tarascon demandait au maire et au préfet d’interdire cet enfant d’arène. Néanmoins, le maire passa outre et Andy toréa, violant une fois encore le Code du Travail. Par ailleurs, quatre maires ayant refusé de l’interdire, les parquets concernés prirent la décision de faire diligenter les enquêtes pénales. Il fut déprogrammé à plusieurs reprises cet été-là. Et parmi les contrats déjà signés, il en perdit quatre. Aucune autre corrida n’a pu être envisagée de mai à décembre. On imagine le manque à gagner lorsqu’on sait qu’il entretient douze chevaux et fait travailler environ 20 personnes.

En outre, pris de panique, les organisateurs ont purement et simplement déprogrammé “El Juli”, 9 ans, le 14 juillet aux Saintes. En dehors du fait qu’il y a violation patente du Code du Travail, notons que l’enfant est un pervers polymorphe (qui accomplit par plaisir et sous diverses formes des actes cruels).

“Comment dès lors accepter voire favoriser tout ce qui exalte cette violence, cette lutte sanguinaire ?” (professeur D. J. Duché - neuropsychiatre ). On comprend par conséquent le danger de laisser des enfants assister à des spectacles sanglants, et a fortiori d’y prendre part… “Dans une collectivité humaine digne de ce nom, nous parents, devons tout mettre en œuvre afin de permettre à nos enfants d’accéder à leur pleine maturité affective, intellectuelle et morale. Un aspect fondamental de cette visée éthique, c’est la compassion envers tout être vivant qui souffre.” (professeur P. Karli, biologiste, spécialiste de la violence).

Les chroniqueurs taurins citant El Juli, font tristement état de son “inefficacité à la mort” ! Pour ma part, je ne peux qu’imaginer l’inévitable agonie d’un animal face à un enfant qui, manifestement n’a pas eu la force physique de planter l’épée et d’atteindre les centres vitaux.”

L’argent : Il existe des écoles de tauromachie où, dès 9 ans, on leur enseigne l’art de torturer et de tuer, et ce avec l’argent de tous les contribuables. En 1995, 924 000 F leur ont été alloués, ainsi qu’aux organisateurs de corridas, sur seulement 2 départements (Gard et Bouches du Rhône).

La loi : Le Code du Travail s’applique, même aux enfants étrangers, et poursuit deux buts : protéger l’enfant contre d’éventuels risques… et la vénalité de ses parents. L’article L.211-11 interdit “à toute personne de faire exécuter par des enfants de moins de 16 ans des emplois dangereux pour leur vie, leur santé ou leur moralité…”

Comment mieux tuer ?

On a vu parfois des matadors aller dans des abattoirs pour s’exercer – moyennant finance car la viande est abîmée par endroits. Mais la plupart des entraînements ont lieu chez les éleveurs, à l’abri des regards importuns. Si on rate lamentablement, il peut être appréciable de ne pas avoir de public. Puis on s’est rendu compte que bien des choses pouvaient se faire au grand jour, comme les fameuses tientas, épreuves de sélection des vaches “les plus braves”, génitrices de taureaux de combat. Puisque l’animal doit aller à l’abattoir – rappelons que c’est sa destination finale, toréé ou pas ! - et rapportera plus d’argent si on le charcute en public auparavant en se faisant la main, pourquoi s’en priver ? Ce n’est pas du grand spectacle mais ça plaît à certains aficionados et à des touristes en mal d’exotisme local sanglant.

Conclusion

La boucle est de nouveau bouclée : corridas privées, “perfectionnement” et argent, entre autre celui de la vente de la viande de taureau. Une image globale commence à se dessiner, débordant largement les murs de l’arène. Nous voulions que vous la perceviez clairement pour avoir plus d’arguments contre ce “milieu”. Mais nous ne pouvons pas toujours disperser nos efforts en attaquant Franquevaux, Rodilhan ou tel et tel aspect de la tauromachie.

Nous vous proposons donc d’attaquer en bloc au niveau du tourisme et de la fréquentation avec la campagne que nous commençons maintenant. Soyez persuadés que nous la continuerons le nombre d’années nécessaires, en l’amplifiant et en la perfectionnant nous aussi !

Purification Tauromachique

Selon le Père Bruguès, important dominicain français : “La corrida rend meilleur, purifie celui qui assiste à ce spectacle.” Il l’a écrit le 25 août 1996, dans les colonnes du quotidien Midi Libre et on se demande si c’est pour ramener certains aficionados vers la foi ou parce que sa famille a des intérêts dans les arènes d’Arles. Mais qu’importe, il l’a écrit et il le maintient avec ce qui semble être de la sincérité. Alors demandons nous pourquoi. Le taureau est une noire bête à cornes dont la queue et l’odeur forte évoquent aussi le Démon ! Pourquoi chercher plus loin. S’il y avait des corridas avec des boucs, le Père Bruguès se réjouirait sans doute à la destruction de ces bêtes sulfureuses. Et si les noirceurs sataniques ne se cachaient qu’au tréfonds de l’âme de notre dominicain ?

Quelques-uns de ses prédécesseurs, au moins, avaient eu l’Inquisition pour se défouler… Mon Père, juguler ou supprimer les bas-instincts morbides de vos ouailles, ne pensez-vous pas que ce serait préférable ? Les détourner vers la longue mise à mort d’animaux innocents, c’est un peu primaire pour un prédicateur de votre valeur, non ? Le 2 Mars, devant la cathédrale Notre-Dame de Paris, à l’appel de la FLAC, du MCEPA (Mouvement Chrétien pour l’Écologie et la Protection Animale) et de la LAF-DAM, plusieurs associations s’étaient regroupées dont la LFCV, l’Action Zoophile et Æqualis. Le Père Bruguès, venu à Paris pour y prononcer les sermons de Carême, a reçu une délégation de manifestants et leur a déclaré : 1/ qu’il ne pensait pas occasionner un tel tollé, 2/ qu’il ne changerait pas d’avis, 3/ qu’il était quand même ouvert au dialogue sur l’animal. Après Monseigneur Cadilhac, autre pro-corrida, après le prêtre espagnol descendu dans l’arène pour toréer et ramener de l’argent à sa paroisse, après l’attitude du Vatican (voir le nouveau catéchisme dont Hans Fischinger fait une bonne analyse dans le N° 131 de L’Antivivisection – journal de la LFCV), ce dialogue risque d’être limité. Manifestement, on n’en est plus seulement aux tristes messes de Saint Hubert…

Il y avait déjà eu des corridas “de bienfaisance” qui permettaient de ne pas payer la TVA en se donnant bonne conscience mais maintenant qu’on nous affirme - même sous une autre forme - qu’aller dans les arènes pour voir le sang couler rapproche de Dieu, que penser ? Martyrs chrétiens de l’Antiquité, vous qui avez aussi souffert dans l’arène, pensez-vous un seul instant que les spectateurs riant de vos tourments ont été “rendus meilleurs et purifiés” ? Si oui, vous avez peut-être fait le mauvais choix - vous auriez dû échanger vos places !

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