Accès direct aux

Rechercher


 

Retour à l'accueil

Origine et historique
Notre mission
Actions menées
Rejoignez nous
Dons et legs
Délégués régionaux
Produits non testés
Enquêtes publiques
Pétitions à imprimer
Tracts et dépliants
Espace enfants
Bannières web




Coalition Européenne pour mettre fin à l'Expérimentation Animale

NEWSLETTER
pour les adhérents
 
S'identifier

 

Document publié le 14 octobre 2002

Le massacre des innocents (été 2001)

Ah oui, nous pouvons nous targuer de notre supériorité humaine et nous dire civilisés! En France, la fumée des bûchers d'animaux est à peine retombée, les cadavres des vaches, des moutons, accusés de maladie - comme voilà quelques siècles certains hommes, d'hérésie -, s'entassent dans notre mémoire courte; et le vol gracieux des oiseaux de mer a pour linceul le pétrole gluant et noir. Oui, il est beau ce tableau de chasse, cette nature morte par quoi commence le troisième millénaire.

Ces souffrances infinies et muettes, ces corps gavés de produits infects, ces bêtes tremblantes, apeurées, si faibles, devraient, si en notre coeur demeurait une parcelle d'humanité, brouiller nos yeux secs et troubler notre conscience. Tous ces signes funèbres annoncent la mort irrémédiable des hommes, non parce que ceux-ci n'auront plus rien à manger, mais parce qu'ils auront mené jusqu'au bout leur mépris total de la vie et de l'autre.

Ce qui est le plus effarant, dans ce massacre cynique et froid, c'est l'inutilité du sacrifice. Pas seulement parce qu'on pouvait prévoir, empêcher ou soigner ces diverses maladies, mais parce qu'apparemment la mort de ces milliers d'animaux n'a éveillé aucun écho de sensibilité, n'a suscité ni révolte ni manifestation dans la population. L'important, n'est-ce pas, demeure la sécurité alimentaire de l'homme, et si le boeuf n'est plus "fiable", si la vache est "folle" et le mouton aphteux, l'individu se procurera un bifteck de cheval, de crocodile, d'autruche. C'est lui, le roi du monde, et à ce titre il a le droit de manger et d'annihiler tous les autres...

De nombreux articles de journaux et des émissions télévisées ont été consacrés à ce sujet, mais aucun mot de compassion ne s'est fait entendre, aucune protestation ne s'est élevée à l'égard des animaux. Ni en provenance des religieux, ni du côté des hommes ou des femmes politiques (les animaux ne votent pas), ni chez les agriculteurs pour qui le bétail ne représente qu'une marchandise, une source de revenus. C'est ce silence qui est le plus terrible. Cette froideur généralisée. Jamais on n'a autant entendu parler d'éthique que ces dernières années, et jamais le degré de conscience morale n'aura été aussi bas. Il existait dans diverses traditions religieuses la coutume du bouc émissaire, qui avait lieu une fois l'an : l'animal voué au couteau du sacrificateur était chargé des pêchés de la communauté humaine dont il assurait par sa mort le rachat. Cet acte cruel et symbolique montrait au moins que les hommes étaient conscients de leurs fautes et de leurs manquements. Le bouc ainsi désigné revêtait encore une valeur sacrée et comme tel était respecté.

Notre société marchande, technicienne, efficace, non seulement dénie toute qualité de sacré aux animaux qu'elle exploite, mais ne les considère même plus comme des êtres vivants, dotés de sensibilité : ils ne sont que de la viande ou du matériel de laboratoire. Le langage économique est exécrable parce qu'il traite le vivant en termes de produits. Dans cette logique d'instrumentalisation, de mort, où nous sommes résolument entrés avec le nouveau siècle, tout ce qui ne semble ni rentable ni commercialisable sera tôt ou tard éliminé. Tremblez, malades, personnes âgées ou déficientes, vagabonds, artistes, bons à rien! Adieu veaux, vaches, cochons, couvée... Aujourd'hui Perrette est triste. Vous avez été sacrifiés vainement, vous, les animaux malades de la peste humaine qui a pour nom profit, indifférence, avidité, dureté de coeur. Ces bûchers, ces charniers, ces marées noires où vos vies se sont achevées donnaient encore une chance à l'homme d'accéder ˆ son humanité, de réveiller en lui cette part irremplaçable qu'on désigne par bonté, tendresse, amitié, compassion, et de s'ouvrir à une fraternité au-delà de l'humain.

Jacqueline KELEN

Version imprimable

Accès aux autres articles de cette catégorie