-
Sous estimation
L’affirmation émane de deux scientifiques de l’Inserm,
Virginie Supervie et Dominique Costagliola. Leur étude
statistique a été publiée par la revue
Veterinary Research en juin 2004 et reprise le 1er juillet dans
le Figaro. Elle confirme la sous estimation dramatique de la
maladie, état de fait que dénonçait One
Voice dès 1996.
Farines carnées
Pour comprendre comment tant de bovins malades ont pu ainsi
passer entre les mailles du filet, il faut se replacer quelques
années en arrière. C’est en 1986 qu’est
connu le premier cas d’encéphalite spongiforme
bovine (ESB) en Angleterre. Il a été prouvé
depuis que les farines animales (des déchets d’équarrissage)
distribuées en complément de l’alimentation
de ces herbivores n’étaient pas assez chauffées
pour inhiber le prion qui est le probable vecteur de cette affection.
Exportations massives
Donc les vaches anglaises en ont consommé et certains
spécialistes estiment qu’au total 4 millions de
têtes de bétail ont été contaminées
en Angleterre au cours des vingt dernières années
(pour 200.000 officiellement comptées). De surcroît,
l’Angleterre exportait ses farines contaminées
en quantités considérables vers la France, avec
un pic dans les années 80, alors même qu’elles
allaient être interdites.
Evidence niée
Beaucoup de farine signifiait beaucoup de contamination. Mais
cette évidence a été niée avec la
dernière fermeté par tous les ministères
de l’Agriculture français. Cependant les faits
ont la vie dure.
Recensement tardif
Les chercheurs de l’Inserm ont remarqué que le
recensement des animaux malades, en France, n’a commencé
qu’en 1990, donc près de dix années après
les premières contaminations. Ils en concluent que tous
les animaux malades entre 1980 et 1990 n’ont pas été
comptabilisés.
Dépistage incertain
Ils ont également observé que, toujours en France,
la vache malade la plus ancienne est née en
1983. Or, les animaux sont le plus susceptibles de contracter
la maladie entre 6 et 12 mois et sont généralement
abattus vers deux ans, alors que l’ESB met en général
5 ans avant de se déclarer. Donc, là encore un
nombre considérable d’animaux n’ont pas été
dépistés. Ils sont ensuite entrés dans
la chaîne alimentaire humaine, bien sûr. Pour les
scientifiques de l’Inserm, au moins 47.300 bovins malades
ont ainsi fini dans les assiettes.
Autres preuves
Pour parvenir à de tels résultats, les chercheurs
ont établi une modélisation mathématique
de la maladie incluant divers paramètres tels que l’âge
des animaux, la durée d’incubation de la maladie
et l’âge d’abattage. Leur étude ne
fait pas débat dans le milieu scientifique, d’autant
que d’autres preuves viennent renforcer leur hypothèse.
Ainsi, par exemple, comme le souligne le Figaro, une fois le
dépistage systématique mis en place, il y a eu
autant d’animaux recensés en France qu’en
Suisse, alors qu’officiellement notre pays comptait cent
fois moins de bovins malades que la confédération
helvétique.
Et pour l’homme ?
Cette étude pose donc de manière tout à
fait probante la sous-évaluation insensée des
cas de vache folle en France. Reste maintenant à déterminer
quelles vont être les répercussions sur la santé
humaine. La variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob met
environ vingt ans avant de se déclarer chez l’homme.
Déjà sept personnes ont été atteintes
en France. |