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La planète en danger : de la fumée plein les poumons
Novembre 2006
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Les plantations de palmiers à huile remplacent peu à peu les forêts du sud-est asiatique et d’Afrique centrale. Déboisées par le feu, elles disparaissent, entraînant avec elle des espèces animales telles que l’orang-outan. Mais au-delà de ces conséquences dramatiques, qui touchent déjà les populations locales, c’est le fragile équilibre de notre planète qui est lui-même bouleversé…

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L’huile de palme

Originaire d’Afrique de l’Ouest, le palmier à huile est aujourd’hui cultivé dans un grand nombre de régions tropicales. Ainsi, ce sont la Malaisie et l’Indonésie qui sont les principaux exportateurs d’huile de palme dans le monde. Ce « succès » est à attribuer au haut rendement de cette espèce, qui permet d’obtenir plus de 7 000 kg d’huile par hectare et par an. Peu coûteuse à produire, elle est devenue le choix préférentiel de la majeure partie des industriels et s’apprête à devenir une candidate sérieuse dans l’élaboration des biocarburants. Riche en acides gras saturés, elle est cependant particulièrement mauvaise pour le cholestérol et bien que très riche en caroténoïdes, elle les perd rapidement pendant la cuisson. A noter également : portée à ébullition, elle émet des vapeurs irritantes qui aggravent l’asthme…

Omniprésente

L’huile de palme est un produit de consommation courante. Un produit de supermarché sur 10 en contiendrait, d’après une étude réalisée en Angleterre. En France, on la trouve dans des produits aussi divers que les plats cuisinés, les pizzas surgelées, le chocolat ou les produits cosmétiques (shampoings, crème pour les mains…) et même d’entretien ! Elle sera très certainement également dans nos voitures prochainement car son rapport énergétique est plus important que celui du colza ou de l’arachide…

Le problème

Malheureusement, un grand nombre de producteurs d’huile de palme sont loin d’être respectueux de la nature, de l’environnement et des populations locales… Les plantations de palmiers remplacent rapidement la forêt tropicale. A Sumatra, on estime que 70% de la forêt a ainsi disparu, contre 50% à Bornéo, et la situation empire. D’autres forêts, telles que celles de Papouasie Nouvelle-Guinée, à la biodiversité incomparable, sont déjà visées par ces industriels. Les populations locales sont dépossédées de leur bien le plus précieux : leur forêt, souvent leur unique ressource. Les espèces animales et végétales disparaissent, au fur et à mesure que les arbres tombent, certaines même avant d’avoir été découvertes. A travers elles, c’est l’humanité qui est privée de ses trésors : un pan de son histoire, avec l’orang-outan, son cousin, menacé d’extinction à très court terme,  mais aussi son avenir, avec les médicaments potentiels que les plantes disparues ne révèleront jamais…

Une technique de déboisement qui multiplie les profits

La technique de déboisement par le feu est couramment utilisée par les producteurs d’huile de palme, bien qu’elle soit interdite depuis 1997 en Indonésie et en Malaisie. Souvent, dans un premier temps, ils sélectionnent sur la zone choisie les essences précieuses, c'est-à-dire les arbres dont le bois va pouvoir être revendu à très bon prix. Il s’agit en général des espèces rares, qui ont mis plusieurs siècles à grandir. Le déboisement offre ainsi un double avantage, le commerce de bois précieux étant très rentable. Le reste de la zone est ensuite incendié – une coupe serait beaucoup plus onéreuse – et cela permet une culture sur brûlis donc sur un sol relativement enrichi (le sol d’une forêt primaire est très pauvre…). Evidemment, dans cet immense brasier, de nombreux animaux se trouvent piégés et meurent asphyxiés ou des suites de leurs brûlures… Ceux qui survivent mourront de faim ou bien, ayant trouvé refuge sur une plantation, ils seront tués par les exploitants !

Une alternative

Pourtant une alternative existe. En effet, de nombreux hectares de terre sont disponibles. Laissés en jachère, leur sol s’est enrichi et permettrait de répondre à la demande croissante du marché. Mais elles sont délaissées car la forêt apporte un bénéfice supplémentaire non négligeable : le bois tropical.

Le bois tropical

Le bois tropical connaît un succès grandissant auprès des consommateurs. Il est beau, et ajoute un cachet exotique aux intérieurs et aux terrasses. Mais à quel prix ! Ses qualités imputrescibles et résistantes sont exploitées dans bien des domaines d’autant plus que son exploitation est beaucoup moins coûteuse que celle du bois de nos régions qui a dû être planté et surveillé pendant sa croissance. Les châssis de fenêtre, les crayons à papier et même les manches à balais ont donc souvent cette origine insoupçonnée…

Conséquences locales…

Contrairement à ce que l’ont pourrait penser, les populations locales ne bénéficient pas pour la plupart de l’exploitation de leur territoire. Au contraire, certaines ethnies sont même chassées de leurs forêts ancestrales et sont les témoins impuissants de leur destruction. Un grand nombre de plantations d’huile de palme ne respectent pas l’environnement. Elles sont à l’origine de la pollution des cours d’eau par les pesticides et les effluents de leur production et de l’érosion du sol, dont les sédiments chargent l’eau. Or cette eau est bue par les villageois, qui s’y lavent et y pêchent des poissons – de moins en moins nombreux – avec des conséquences directes sur leur santé… En outre, comme en 1997/1998, l’année 2006 est marquée par des incendies particulièrement importants. Allumés volontairement pour déboiser rapidement la forêt, ils finissent par échapper à tout contrôle, et détruisent des hectares de sylve tandis que la sècheresse perdure. Ils sont à l’origine d’un nuage de fumée, si étendu qu’il est visible depuis l’espace, et qui asphyxie indifféremment hommes et animaux…

… et conséquences sur la planète

Les conséquences de la déforestation vont bien au-delà de ces conséquences locales, qui ne sont que les stigmates immédiats d’une véritable catastrophe environnementale à l’échelle planétaire. A la perte de biodiversité dramatique, il faut ajouter les conséquences climatiques et atmosphériques de la destruction des forêts tropicales. Les poumons de la Terre, ainsi qu’elles sont parfois surnommées, jouent en effet un rôle essentiel dans la régulation du climat et l’absorption du carbone atmosphérique. En coupant les arbres, et à fortiori en les brûlant, on ne permet plus au dioxyde de carbone d’être assimilé en libérant de l’oxygène, ce qui contribue au réchauffement de la planète. Les forêts sont aussi des réserves d’eau importantes. En les coupant on modifie donc non seulement le climat au niveau local – en perturbant l’équilibre entre saisons sèche et humide – mais on rompt aussi l’équilibre de la planète toute entière…

Ce que vous pouvez faire… et ne pas faire…

Le boycott de l’huile de palme n’est pas une solution envisageable. Cette huile est riche en promesses et peut être le résultat d’une exploitation raisonnée et respectueuse de l’environnement et des populations locales. En outre, certaines huiles bios proviennent déjà de petites exploitations de ce type qui seraient, du fait de leur taille, les premières à être pénalisées, et ce pour des torts qu’elles n’ont pas ! Afin de trouver des solutions, et notamment d’identifier les huiles ne provenant pas de la destruction des forêts primaires, One Voice a donc décider de s’associer à la campagne « huile de palme » des Amis de la Terre. Nous vous tiendrons régulièrement informés de son avancée.

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