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C'est ainsi que des centaines de milliers d'autres animaux meurent.
Les trappeurs leur ont trouvé un nom : les "déchets".
Ours polaires
La liste des animaux concernés est très large. Elle
émane des trappeurs, eux-mêmes. La société
de la faune et des parcs Québec publie ainsi le résultat
des ventes de fourrures d'animaux sauvages entre le 1er janvier
2001 et le 30 août 2002 : Belettes (14 047), Castors (69
023), Coyotes, (4 285), Écureuils (5 394), Loups (353),
Loutres (4 438), Lynx du Canada (3 579), Martre d'Amérique
(39 497), Moufette rayée (132), Ours noirs (1 531), Ours
polaires (23), Pékans (7 383), Rats musqués (70
118), Ratons Laveurs (13 645), Renards argentés (86), Renards
arctiques (26), Renards croisés (591), Renards roux (18
434), Visons (9 573).
Interdiction
Les campagnes menées par les protecteurs des animaux, qui
ont dénoncé sans relâche l'utilisation de
pièges et notamment de pièges à mâchoires
ont abouti, finalement, à leur interdiction en Europe,
dès 1991. Cette interdiction devait s'assortir de la non
importation de peaux prélevées de cette manière
dans les pays extérieurs à l'Union. Il va de soi
que le Canada, les Etats-Unis et la Russie, les plus importants
pourvoyeurs de fourrure sauvage se sont alarmés de cette
décision, très pénalisante financièrement.
Traditions
Ils ont, habilement, fait valoir que pour certaines tribus, le
piégeage fait partie des traditions. Mettant en avant les
Amérindiens ou les Inuits, ils oubliaient de dire que ces
peuples n'effectuaient pas et de loin, les prises les plus importantes.
Mais l'argument humanitaire a joué à plein. Résultat,
il a fallu attendre décembre 1997 pour qu'un accord soit
enfin signé avec le Canada et la Russie, et août
1998 avec les Etats-Unis. Ces accords prévoyaient que les
exportations de fourrure pouvaient se poursuivre, à la
condition que les pièges à mâchoires soient
bannis à compter de 2001. Soit dix ans de gagnés
pour les piégeurs.
"Sans cruauté"
Cet accord, dit "accord sur des normes internationales de
piégeage sans cruauté", prévoit aussi
la création de nouveaux modes de piégeages, plus
"humains", qui devraient être utilisés
au plus tard en 2007. Donc, de l'aveu même de ce texte,
le piégeage actuel est cruel. De surcroît, le document
n'est pas terriblement contraignant pour les trappeurs. Il y est
ainsi indiqué : "Même si le bien-être
peut varier considérablement, le terme «sans cruauté»
est appliqué uniquement aux méthodes de piégeage
qui maintiennent le bien-être des animaux à un niveau
suffisant, bien qu'il soit admis que, dans certaines situations,
dans le cas de pièges destinés à la mise
à mort, le niveau de bien-être peut être bas
durant un court laps de temps."

Expérimentation
Au fait comment crée-t-on des pièges "sans
cruauté"? En les testant sur des animaux. C'est ainsi
que le programme de recherche et de développement des pièges
de l'Institut de la fourrure du Canada mené aux installations
de l'Alberta Research Council Vegreville a coûté
un million de dollar. L'Institut précise "Les animaux
servant au programme de recherche et de tests des pièges
sont traités selon les exigences du Conseil canadien de
protection des animaux, qui régit l'utilisation des animaux
expérimentaux". Certes, des expériences logicielles
sont aussi menées. Mais on en arrive au paradoxe de tuer
des animaux pour en tuer "humainement" d'autres. Comprenne
qui pourra.
Limites
En outre, la recherche a ses limites. Le même Institut note
: "de nouveaux pièges " rembourrés "
ont récemment été mis au point pour les prédateurs
de plus grosse taille : renards, coyotes et loups, pour lesquels
on n'a pas encore inventé de pièges entraînant
la mort rapide".
Automutilation
Que se passe-t-il pour l'animal piégé par la patte
? Certains arrivent à se délivrer en se rongeant
la patte et survivent. D'autres se mutilent également et
meurent un peu plus loin en raison de l'hémorragie. Une
étude américaine a montré que 27 % des visons,
24 % des ratons-laveurs et 26 % des renards s'auto-mutilaient.
Par ailleurs, des autopsies menées sur des renards arctiques
ont permis de retrouver dans leurs estomac des morceaux de leur
propre corps : des parties de pattes, des griffes, des bouts d'os
et surtout de dents car elles éclatent très souvent
sur le métal lors des tentatives de libération.
Les trois-quart des animaux meurent donc prisonniers du piège.
Mais pas de façon rapide. Ils meurent de faim ou de soif,
dévorés par un autre animal sauvage. Ils ne sont
tués par les trappeurs que si ces derniers ne tardent pas
trop.
Agonie
Il ne faut pas en conclure que les autres pièges soient
plus doux. Des expériences ont montré que même
un piège qui broie sous l'eau (à mâchoires
aussi, mais également les modèles dits "en
X" ou "livres de messe") ne réussit pas
à supprimer l'agonie : pour les visons, la perte de conscience
prend en moyenne, deux minutes trente, et entre trois et quatre
minutes pour un rat musqué. Les castors se débattent
pendant neuf minutes et demi, leur cerveau fonctionne bien plus
longtemps et les battements de cœur ne s'arrêtent qu'au
bout de 15 minutes, toujours en moyenne.
Déjà Darwin
Il existe de très nombreuses déclarations récentes de personnalités et de scientifiques qui portent témoignage de l'horreur du piégeage. Mais en 1863 déjà, le célèbre naturaliste Charles Darwin condamna les pièges à mâchoires, indiquant qu'ils menaient "des milliers d'animaux à une extrêmement douloureuse agonie, probablement pendant une durée de 8 ou 10 heures, avant que la mort n'y mette fin." Il demanda à ses compatriotes anglais d'agir contre "une si terrifiante somme de cruauté".
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